LE DIALECTE BOURBONNAIS

 

 

1) Généralités

 

Situé au coeur de la France, le bourbonnais se trouve aux confins des domaines d'oïl, d'oc et francoprovençal. Comme toute langue non standardisée, il est soumis à des variations locales. Sur la carte ci-dessous, on peut constater que le bourbonnais fait globalement partie des dialectes d'oïl, sauf les variantes parlées dans le sud qui sont des parlers de transition appartenant à une zone que les linguistes nomment "le croissant" (qui s'étend du Forez à l'Angoumois, mais sur une largeur d'une cinquantaine de kilomètres seulement), et qui procèdent des deux domaines linguistiques. De plus, l'est du département a subi dans une certaine mesure l'influence du francoprovençal (Arpitan).

 

Limites des domaines linguistiques de la région bourbonnaise
Principales subdivisions du dialecte bourbonnais

 

Langue, dialecte ou patois ?

Linguistiquement parlant, il n'y a pas de réelle différence entre les trois termes. Tous désignent des langues, et la distinction entre les trois vocables est essentiellement politique et sociologique. Le linguiste Max Weinreich n'a-t-il pas déclaré : "une langue est un dialecte avec une armée et une flotte"? Le grand linguiste Ferdinand de Saussure était lui aussi très critique quant à cette distinction. J'ai pris ici le parti de nommer le parler bourbonnais "dialecte", car il m'a semblé le terme le plus proche de la réalité perçue par le grand public, étant donné l'absence de représentativité officielle de cet idiome. Si le Duché de Bourbon était resté indépendant, sans doute aurais-je utilisé le mot "langue" (ce qui correspond à la réalité linguistique). Je me suis en tout cas refusé à le nommer "patois", d'une part en raison de la connotation péjorative attachée à ce terme, d'autre part parce qu'il désigne souvent dans l'imaginaire collectif un parler circonscrit à une petite superficie (un ou plusieurs villages en général), ce qui n'est pas le cas ici puisque le parler qui nous intéresse couvre environ 8 000 km².

Comme tous les parlers régionaux de France, le bourbonnais a subi les effets du centralisme parisien. Et ce d'autant plus, qu'en tant que langue d'oïl, le bourbonnais est assez proche du francien (dialecte de l' Ile de France) et donc facilement assimilable. De plus, comme la plupart des dialectes, il est surtout oral, et la littérature reste rare dans cette langue (citons par exemple Emile Guillaumin). Aujourd'hui plus personne n'a le bourbonnais comme langue maternelle, et seuls quelques passionnés ou des personnes âgées peuvent encore s'exprimer assez complètement dans cette langue. Cependant, le dialecte s'est immiscé dans le français dans de nombreuses tournures ou expressions et aussi dans le vocabulaire, si bien que la majeure partie des habitants utilise quotidiennement un français teinté de bourbonnais sans même s'en apercevoir. Les particularismes idiomatiques se révèlent en général en présence d'allophones. 

Le dialecte est souvent, comme ailleurs en France, resté un peu plus vivant dans les campagnes. Cependant, on peut noter que lorsque les patois locaux (d'oïl ou d'oc) ont disparu, il subsiste quand même des traces de ce que l'on pourrait appeler un bourbonnais "standard", et qui s'est répandu depuis son ère d'origine, le triangle des Bourbons (Moulins- Souvigny - Bourbon l'Archambault), dans toute la province. Ceci est sans doute la conséquence de plusieurs siècles d'administration moulinoise. Tel est le cas par exemple à Vichy, où le peu de bourbonnais que l'on entend est très majoritairement issu du domaine d'oïl, le patois d'oc originel ayant pratiquement disparu.

Sur la carte ci-dessus, on peut voir les grandes zones linguistiques du dialecte. Pour simplifier, au risque de caricaturer quelque peu, on peut considérer que les zones du Boischaut sud, du Bocage, du val d'Allier, de la Sologne et du val de Loire sont purement d'oïl, celles de la Combraille et de la Limagne sont un mélange oïl-oc (occitan majoritaire), enfin celles de la Montagne et de la Forterre un mélange oïl-oc-francoprovençal, avec une prédominance oc pour la montagne et oïl pour la Forterre. 

Il est à noter que le parler de la Forterre (région de Varennes sur Allier) est assurément le plus singulier du département, car il se trouve au carrefour de toutes les influences (berrichonne, bourguignonne, auvergnate et forézienne). Il fut pour cela sans doute le plus étudié par les linguistes, qui lui ont consacré plusieurs ouvrages dans le passé.

On peut avoir une idée des influences oïl-oc-francoprovençal en observant les terminaisons des noms de communes probablement dérivées du suffixe gallo-romain -acum (cliquer sur la carte pour l'agrandir).

 NB : cette carte n'a aucune prétention scientifique

toponymie_communes_allier4.jpg (163031 octets) Toponymie en -acum des communes de l'Allier

 

Zone d'influence probable Suffixe Nombre de communes (Allier)
Oïl -y 39
-ay 10
-ais 12
4
Transition (Croissant) -et 28
Oc -at 30
-ac 1
Francoprovençal (Arpitan) -eux 2
-eix 1
-aix 1
-ax 1

 

 

 

2) Caractéristiques

 

La prononciation du bourbonnais par rapport au français présente quelques particularités, dont voici les plus fréquentes :

"o" prononcé "ou" (ex: tonner = tounner)

"oi" prononcé "oué", "é" ou "è" (ex: noix = noué, droit = drèt)

"-oir"  prononcé "ou", parfois "ouère", "é" ou "è" (ex: arrosoir = arrouzou, noir = nouère)

"-oire" prononcé "ouère" ou "ère" (croire = crère, mâchoire = matsouère)

"ui" prononcé "eu", parfois "oui" (ex: pluie = pleue, puits = pouits) 

"é" prononcé "e" muet (ex: crémaillère = cremiyère, gonflé = gonfle)

"er" prononcé "ar" (ex: merci  = marci)

"au" prononcé "iau" (ex: couteau = coutiau)

"-lier" prononcé "yé" (ex: palier = pailler)

"r" roulé, mais seulement à la campagne

"-eur" prononcé "eu" (ex: meneur = meneux)

"-eux, -euse" prononcé "ou, ouse" (ex: crasseux = crassou, crasseuse = crassouse)

"u" prononcé "eu" (ex: allumette = aïeumette)

"al" prononcé "au" (ex: cheval = chevau)

Mais attention, cette prononciation ne s'applique pas à tous les mots, et seul l'usage permet de connaître la bonne prononciation, qui peut d'ailleurs varier d'un point à l'autre du Bourbonnais.

 

Les chiffres

1 : un, ein (m), eune, unhne (f)

2 : deux, dous (m), duès (f)

3 : tré

4 : quat

5 : cinq

6 : sié

7 : sépt

8 : houit

9 : neu

10 : di 

11 : vonze

12 : douze

 

Les mois de l'année

janvier : janvier

février : feuvrier

mars : mar

avril : abri

mai : mai

juin : jin

juillet : juillet

aoüt : aôt

septembre : setembre

octobre : octobre

novembre : nouvembre

décembre : décembre

 

La grammaire et la conjugaison sont également distinctes de celles du français, mais nous noterons juste quelques aspects :

Une des particularités les plus frappantes, pour les "étrangers", c'est l'emploi abusif du pronom adverbial "Y" en lieu et place d'un pronom personnel représentant un objet (ex: fais-le = fais-y, donne-le(la) moi = donne moi z'y, ne le casse pas = n'y casse pas, tu me le(la) prête = tu m'y prête).

Un aspect intéressant de ce langage tient aussi dans ce qu'on peut considérer comme étant des traces d'un troisième genre, le neutre ou indéterminé, apparaissant d'une part dans l'emploi du pronom Y décrit ci-dessus (qui remplace LE ou LA), et aussi dans l'emploi assez répandu du pronom personnel sujet A à la troisième personne du singulier, (qui peut remplacer IL ou ELLE) (voir plus bas). (ex: A ferait bien de se dépêcher, le train va partir.) [on ne sait pas si on parle d'un homme ou d'une femme].

On emploie aussi beaucoup "que" de manière superflue: (ex: comment que ça se fait ?, où que tu vas?, qui que c'est ?)

Le préfixe re- ou ré- devant une voyelle subit très souvent l'élision du e ou du é. (ex : rabonner au lieu de réabonner, raccélérer, rentendre, rentraîner, rimporter, rimprimer, rinjecter, rintégrer, rinvestir, ropérer, rorganiser, rutiliser, etc...)

A noter quelques tournures et expressions courantes : 

"C'est-y que...?" au lieu de "est-ce que...?" (ex: -c'est-y qu' t' vas sortir par ce temps?); 

"C'est-y pas...?" au lieu de "n'est-ce pas...?" (ex: -c'est-y pas triste de voir ça?); 

"T' vas-t-y...?" au lieu de "est-ce que tu vas (te décider à)...?" (ex: -t' vas-t-y  aller voir les voisins?) ; 

"A cause que" qui veut dire aussi bien "pourquoi?" que "parce que" (ex: -A cause que t'es pas venu? -A cause que j'étais malade!) ;  

"J'y crains pas" pour dire "j'aime bien" (ex: -Tu aimes la pompe aux grattons ? -J'y crains pas!) ; 

"Y faut tout" signifie "c'est tout juste suffisant, mais c'est limite" (ex: -Tu as froid ? -Non mais y faut tout.) ;

"Et pis pas tant" quand on veut dire à quelqu'un qu'il exagère dans ses propos (en français on dirait "tu pousses un peu, n'exagères pas") (ex: -Tu dors toujours jusqu'à 11h du matin ! -Et pis pas tant...) ; 

"Ça se connaît" pour signifier qu'on a remarqué un changement voulu (ex: -J'ai allumé le chauffage. -Ça se connaît.) ;

"Faire du profit" indique que quelque chose est rentabilisé (ex: -Ça fait longtemps que tu l'as, ce pull. -Oui il fait bien du profit.) ;

"C'est pas de dépense" s'emploie pour indiquer que quelque chose est soit modeste, soit petit, soit discret selon le contexte. (ex: -Regarde la petite table que j'ai trouvée. -Elle n'est pas de dépense! [sous-entendu elle ne prend pas de place].) ;

"Avoir du temps de reste" signifie avoir vraiment du temps à perdre. (ex: -Ce matin j'ai compté tous les oiseaux qui sont venus à la mangeoire. -T'as bin du temps de reste!).

"Vouloir y voir" s'emploie quand on se rend compte de quelque chose, mais plus ou moins inconsciemment. (ex: -La voisine a coupé son arbre. -Ah oui j'ai voulu y voir. [j'ai eu l'impression que quelque chose avait changé mais je n'ai pas réalisé ce que c'était]).

"Ça ... mieux que ça ... pas" permet de mettre en opposition deux situations souvent inverses l'une de l'autre, en soulignant que l'une des deux est plus aisée. (ex:-Ça y est on est redescendus de la colline. -Ça descend mieux que ça monte pas !)

"Gagner la belle heure" : partir plus tôt que prévu (ex: -Vous êtes déjà sortis de la réunion? -Oui on a gagné la belle heure.)

"Passer à plein les ballons": passer en grande quantité. (ex:-Cette fenêtre jointe mal, l'air froid passe à plein les ballons.)

"Fuir (ou couler) comme une vache": beaucoup, de manière abondante, en parlant d'un fluide (liquide, parfois gazeux) (ex: le tuyau de gaz fuit comme une vache, tout va sauter!)

"xxxx heures et pas un chapeau de vendu": se dit quand au bout d'un certain temps (on donne l'heure qu'il est) on n'a encore rien fait, ou il ne s'est rien passé

"Allons-y casquette à la foire à chapeaux" est utilisé quand on doit se rendre à un endroit, une réception, où on ne sentira pas très à l'aise et où on n'a pas très envie d'aller

"J'y entrave couic": indique qu'on n'y comprends rien

"Sortir de l'entaille": se défaire d'un problème (ex: On a crevé sur l'autoroute et la nuit tombe, on n'est pas sortis de l'entaille!)

"A tant la bise et le grand vent" : à tout va, à profusion, sans modération, notamment lorsque quelqu'un donne ou distribue quelque chose . (ex: Il est sans le sou, au bar, il a payé des coups à tant la bise et le grand vent).

"Causer dans le poste": parler franchement à quelqu'un, lui dire ses quatre vérités, le recadrer. (ex: Il n'a pas encore fini de trier le courrier et il est parti fumer, je vais lui causer dans le poste !)

"Etre dans le jus" : être débordé, ne plus savoir où donner de la tête

"Y faut s'en voir" : on n'a rien facilement, il faut galérer (ex: J'ai mis un mois avant d'obtenir ces papiers! Ah y faut s'en voir!)

"Etre content du voyage": manière ironique de dire qu'on est déçu ou en colère (ex : Je venais de faire retapisser mon beau fauteuil et le chat s'est fait les griffes dessus! Je suis content du voyage!)

"Si y s'en retourne" : si ça se trouve...

"A tout de reste" : signe d'une envie irrépressible, à tout prix (ex: Le chien veut à tout de reste sortir dans le jardin.)

"C'est pas le feu": c'est pas génial, pas formidable, c'est moyen (peut s'employer pour décrire une situation, un spectacle, une proposition, un état de santé ou de forme)

"pleurer la marchandise" : être parcimonieux, chiche. La tournure négative indique au contraire la prodigalité .On peut l'employer de façon générique avec "marchandise" ou circonstanciée au cas par cas (ex: Il a pleuré les haricots mais il n'a pas pleuré la crème !)

 

Pronoms personnels sujets

je = "j' " (même devant une consonne) ou "i"

tu = "t' " (  même devant une consonne) ou "te"

il = "o" ou "a" (devant une consonne), "ol" ou "al" (devant une voyelle)

elle = "a" (devant une consonne), "alle" (devant une voyelle)

nous = "n'", " ne" ou "n's"

vous = "v's", "ouz" ou "ous"

ils, elles = "i", "os", ou "as

Autres pronoms et adjectifs : 

on = "ou"

moi = "me", toi = "tu", lui/elle = "se", eux/elles = "ieux"

Pronoms possessifs : 

le mien, le tien, le sien = "le mienne, le tienne, le sienne", le/la/les nôtre(s) = "le/la/les noutre(s)", le/la/les vôtre(s) = "le/la/les voutre(s)", le/la/les leur(s) = "le/la/les ieur(s)"

Adjectifs possessifs : 

mon moun ma moune mes mos notre noute nos noutès
ton toun ta toune tes tos votre voute vos voutès
son soun sa soune ses sos leur leu leurs ieux

Démonstratifs: 

ce ce, c' (pr.) cet cette ça ces celui ceci, cela celle ceux, celles celui-ci, celui-là celle-ci, celle-là ceux-ci /là, celles-ci là
c'te, co, cou, icou vou, y c'te, co, que l', ique l' c'te, co, que le, ique le can, ican ceux, que les, ique les  icouqui ican, ou, y iquelequi queléqui çui-ci, çui-là, couqui quelequi queléqui

NB : c'est = "voué", "oué"

Adverbes :

aujourd'hui bientôt ici où (sans mouvement) où (avec mouvement) où ? d'où ? dehors assez plus encore
agnieu taleure iqui dret-là lon ion lavou ? d'on, de lon diôre prou mais inquère

Prépositions :

avec voilà derrière sur chez par pour vers
anvec, quant et vela darrié su cheu pre pre

  

Etre: "ête" présent indic. imparfait indic. passé composé présent cond.
j', i sus éteus sus été sereus
t' es éteus as été sereus
o, a, ol, al, alle est éteut a été sereut
n', ne, n's sons étions avons été serions
v's, ous êtes étiez avez été seriez
i, os, as sont étions ont été seriont
Avoir: "aveire" présent indic. imparfait indic. futur indic. présent subj.
j', i  ons aveus aurai que j'asse
t' as aveus aras que t'asses
o, a, ol, al, alle a aveut ara qu'ol asse
n', ne, n's avons avions aurons que j'assions
v's, ous avez aviez aurez qu'ous assiez
i, os, as ont aviont auront qu'os assent

Les exemples ci-dessus sont tirés des parlers de la région de Bourbon l'Archambault, et donc assez représentatifs du bourbonnais standard purement d'oïl. Vous trouverez ci-dessous les variantes de la Forterre, qui en raison de leur intérêt linguistique (triple influence oïl - oc- francoprovençal) méritent qu'on s'y attarde.

Etre: "ête" présent indic. imparfait indic. futur indic. présent cond. présent subj.
i su essin serai serin qu'i siye
t', te é essô sera serun que te siye
a, al é essô sera serun qu'a siye
n', ne son essian seron serion que ne siyon
ou, ouz essé essié seré serié qu'ou siyé
i, a son essian seron serion qu'i siyon
Avoir: "avère" présent indic. imparfait indic. futur indic. présent cond. présent subj.
i ai avin érai érin qu'i ave
t', te a avô éra érun que t'ave
al a avô éra érun qu'al ave
n', ne avon avian éron érion que n'avion
ou, ous avé avié éré érié qu'ouz avié
i, a avon avian éron érion qu'i avion
  Impératifs : sois, soyons, soyez = seï, siyon, siyé ; aie, ayons, ayez = ave, avon, avé

Passé composé (être) = i su étâ (été), t'é étâ (été), etc...

Participes présents :  étant = étan ; ayant = avian

Participes passés : été = étâ (masc.) été (fém.) ; eu = évu

 

Aimer présent indic. imparfait indic. futur indic. présent cond. présent subj.
i aime aimin aimerai aimerin qu'i aime
t', te aime aimô aimera aimerun que t'aime
al aime aimô aimera aimerun qu'al aime
n', ne aimon aimian aimeron aimerion que n'aimion
ou, ous aimé aimié aimeré aimerié qu'ouz aimié
i, a aimon aimian aimeron aiemrion qu'i aimion

Impératif : aime, aimons, aimez = aime, aimon, aimé

Participe présent :  aimant = aimian

Participe passé : aimé, aimée, aimés, aimées = aimâ, aimas, aimée, aimées

Quelques irrégularités:

Aller :

présent de l'indicatif : i va, te va, a va, n'allon, ouz allé, i allon

subjonctif présent : qu'i alle, que t'alle, qu'al alle, que n'allon, qu'ouz allé, qu'i allon

passé composé : i su étâ, t'é étâ etc...(identique à celui du verbe être)

NB : fréquemment, les verbes en -er font leur infinitif en -a, et les verbes en -ir le font en -i (ex : chanter=chanta, finir=fini)

Croire = crère : i cré, (je crois), i creyin (je croyais)...

Apercevoir = apercevouère : i aperçoué (j'aperçois)...

Savoir = savère : i sâ (je sais), te sâ (tu sais)...

Quelques participes passés irréguliers :

 

Pouïère (pouvoir) Savère (savoir) Lire (lire) Naître (naître) Vivre (vivre) Suivre (suivre) Nuire (nuire) Suffire (suffire) Pluir (pleuvoir) Counaître (connaître)
pouïu (pu) savu (su) lisu (lu) néssu (né) vivu (vécu) suivu (suivi) nuizu (nui) suffizu (suffi) pleuïu (plu) counaissu (connu)

 

Conclusion

En conclusion on peut dire que le sort du bourbonnais est plus ou moins identique à celui des autres dialectes d'oïl en France. Faute de bases écrites, il n'a pas pu s'unifier (il reste divisé en une dizaine de zones plus ou moins homogènes) ni résister au jacobinisme linguistique amorcé à la révolution française et accentué par l'école laïque de Jules Ferry. Ce qu'on appelait les "patois" étaient considérés comme du français écorché et systématiquement dénigrés, voire interdits. Les études de la seconde partie du  vingtième siècle sont heureusement venues les réhabiliter en montrant que c'étaient des langues à part entière qui s'étaient formées concomitamment au français, et non pas à partir de celui-ci. On peut penser que le bourbonnais a aujourd'hui atteint un niveau plancher, et qu'il continuera de subsister sous sa forme actuelle, c'est à dire en complément du français, pour exprimer des nuances sémantiques inconnues de ce dernier, ainsi que dans nombre de tournures idiomatiques et expressions populaires. Il est à noter que des dictionnaires bilingues plus ou moins complets sont régulièrement édités ou réédités, ce qui prouve que l'intérêt pour ce dialecte est encore présent. De même, les cartes récentes (depuis une dizaine d'années) des langues régionales de France mentionnent généralement une zone "bourbonnophone", alors qu'auparavant il n'y avait rien d'indiqué entre le berrichon, le bourguignon et le croissant. Cette nouvelle reconnaissance, signe d'une prise de conscience, est assez encourageante. Ce n'est que justice, car le dialecte bourbonnais présente un intérêt tout particulier : il se trouve au point de rencontre des trois grandes zones linguistiques romanes qui traversent la France, ce qui en fait un cas unique de syncrétisme linguistique oïl-oc-francoprovençal.

 

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