HISTOIRE DU BOURBONNAIS

Histoire du territoire Bourbonnais de la préhistoire à nos jours

 

1) Période Préhistorique

 

D'importants gisements de fossiles ont été mis à jour dans le département de l'Allier : plantes, animaux ou restes humains :

 I) Ere Primaire

 Dans les environs de Commentry et Buxières les Mines, des sites datant de 290 millions d'années ont permis de mettre à jour quantité d'animaux et de plantes préhistoriques, bien plus anciens que les dinosaures (requins préhistoriques, libellules géantes, amphibiens géants...). Cette région était à ce moment-là recouverte de grandes étendues d'eau.

II) Ere Tertiaire

 Les régions de St Gérand le Puy et de Gannat ont livré beaucoup de fossiles datant notamment du Miocène (23 millions d'années). A cette époque la plaine de la Limagne était une zone tropicale recouverte d'un grand lac. La plus belle découverte fut un squelette de rhinocéros très complet, mais on a aussi retrouvé des restes de palmiers, de crocodiles, d'ibis ou de perroquets par exemple. Ces restes et d'autres sont conservés au musée paléontologique de Gannat.

III) Ere quaternaire

Bien que le Bourbonnais ne semble pas avoir été le siège d'un important foyer de peuplement préhistorique, de nombreux restes paléolithiques et néolithiques ont toutefois été mis à jour un peu partout dans le département de l'Allier, mais les trouvailles sont le plus souvent éparses. Nous mentionnerons cependant deux sites d'importance.

Châtelperron

A Châtelperron, près de Jaligny, on a découvert en 1848 lors de la construction d'une voie ferrée, dans une grotte, dite "Grotte des Fées" un site datant de la période de transition entre le paléolithique moyen et le paléolithique supérieur, soit aux environs de 35 000 ans avant J-C. De nombreux ossements, outils et objets divers (par exemple une défense de mammouth) ont été mis à jour, suite aux fouilles réalisées dans les années 1950. Le site correspond à la fin de la dernière glaciation, et aux dernières réalisations des Néandertaliens avant leur remplacement par les hommes de Cro-Magnon. Une partie des découvertes est encore visible sur place, dans un petit musée. Le reste est exposé dans plusieurs musées (British Museum, musée de Philadelphie (USA), musée des antiquités nationales à St Germain en Laye, musée Anne de Beaujeu à Moulins). Ce site d'une grande valeur a été unanimement reconnu au plan international, si bien que les experts parlent de "Castelperronien" ou "d'homme de Châtelperron" pour désigner cette période (située donc entre les périodes du Moustérien et de l'Aurignacien). Les principales caractéristiques de cette période sont le débitage des lames de pierre et leur spécialisation (en grattoirs, burins etc..), principalement la "pointe de Châtelperron", ainsi que les premiers éléments de parure (pendentifs en os, ivoire...) et le développement d'outils en os.

Artefacts Châtelperroniens (musée de St Germain en Laye)

1 : rasoir double ; 2 : pointe ; 3 et 5 : burins ; 4 : grattoir ; 6 à 11 : pointes dites "de châtelperron"

  

Glozel

Voici sans doute l'un des sites archéologiques français qui fut à l'origine d'une des plus grandes controverses scientifiques du XXème siècle. 

En 1924, à Glozel, petit village de la Montagne Bourbonnaise, un jeune paysan, Emile Fradin, découvre un grand nombre d'objets enfouis en labourant son champ. Le docteur Morlet, un médecin exerçant à Vichy, commence les fouilles et attire l'attention du monde scientifique. Car les découvertes s'avèrent exceptionnelles : il y a de très nombreux vases et des poteries, dont des idoles bisexuées totalement inconnues jusque-là, un grand nombre d'objets décorés en os ou en pierre, mais surtout, des tablettes d'argile recouvertes d'inscriptions qui forment indubitablement une écriture. Or les théories en cours veulent que l'écriture soit apparue en Mésopotamie, bien après la date estimée du site de Glozel. Le fait que l'écriture pourrait être apparue en Europe occidentale bouleverse toutes les certitudes, et beaucoup sont très attachés à "leur" certitude. C'est pourquoi un grand nombre de sommités scientifiques entreprend de discréditer le site, de manière totalement injuste et partiale. La France scientifique se divise entre ceux qu'on appellera les "glozéliens" et les "anti-glozéliens". La plupart des détracteurs de Glozel n'ont d'ailleurs jamais mis les pieds sur le site. Pis, ceux qui l'ont fait, se sont parfois comportés de façon incroyable, introduisant à la hâte des faux grossiers pour ensuite faire accuser Fradin. Celui-ci sera d'ailleurs traîné devant les tribunaux, ainsi que Morlet. Mais leur innocence et leur bonne foi finissent par être reconnues, aucune preuve n'ayant pu être apportée contre eux. De plus ils avaient reçu le soutien sans réserve de plusieurs grands spécialistes (qui eux, avaient assisté aux fouilles et examiné les objets sérieusement). Les médias, attisés par le fait que de nombreuses personnalités en cure à Vichy venaient visiter le site, n'ont certes pas contribué à calmer les tensions, mais ont tout de même offert une gigantesque tribune à ce petit coin de Bourbonnais. Depuis, les esprits se sont apaisés. Une nouvelle campagne de fouilles est lancée en 1983 par le ministère de la Culture, un rapport est rédigé mais curieusement jamais publié. De nos jours les analyses des objets continuent dans plusieurs pays, avec des moyens modernes (thermoluminescence, carbone 14...). Ces méthodes attestent le fait que la plupart des objets sont authentiques, mais il semblerait que plusieurs époques cohabitent, principalement le Moyen Age et l'Antiquité (âge du fer). Certains os ont même été datés de 17000 ans. La diversité des époques présentes sur un même site constitue, avec les inscriptions, le principal mystère de Glozel  En attendant, l'essentiel des trouvailles reste bien tranquillement dans le mini-musée attenant à la maison des Fradin, jusqu'à ce que le mystère s'éclaircisse. Emile Fradin, décédé en 2010, à l'âge de 103 ans ne connaîtra pas l'épilogue de cette histoire.

Plus de 3000 objets ont été découverts à Glozel et sont exposés : objets en céramique (tablettes - le plus souvent recouvertes d'inscriptions -, idoles sexuées, urnes à visages, vases, empreintes de mains...), en os (aiguilles, harpons, os gravés d'inscriptions, de dessins d'animaux...), et en pierre (haches, galets gravés...).

 

Récapitulatif des inscriptions de Glozel, réalisé par le Dr Morlet

 

 

2) Période Gallo-Romaine

 

 

L'actuel territoire du Bourbonnais était occupé dans l'Antiquité, par trois puissants peuples Gaulois rivaux : les Bituriges Cubi, les Arvernes et les Eduens. Notons au passage que le nom de "Bourbon" dont dérive "Bourbonnais", est issu de Borvo, dieu celte guérisseur associé à l'eau. Les deux principaux oppida gaulois dont les vestiges ont été mis à jour dans l'Allier se situent pour le premier sur la commune de Hérisson (oppidum de Cordes-Châteloy), en territoire biturige. S'étendant sur 75 ha, il date du Ier siècle avant J-C et on y a retrouvé des vestiges monumentaux exceptionnels, selon les spécialistes, pour l'Europe de l'ouest celtique. Il aurait été incendié sur les ordres de Vercingétorix en 52 av. J-C pour priver de ravitaillement les légions de César parties assiéger Avarivum (Bourges). Le second, qui se trouve sur la commune de Cusset (oppidum de Viermeux), est l'oeuvre du peuple des Ambluarètes, probablement clients des Eduens, dont le territoire s'étendait vraisemblablement de Vichy à Roanne. Bien qu'il n'ait encore pratiquement pas été fouillé, on peut dire dès à présent qu'il s'agit d'un site majeur, tant par ses dimensions (95 ha) que par ses triples murailles de murus gallicus qui courent sur près de 7 km. Il est ainsi plus grand par exemple que les oppida arvernes de Corent ou de Gergovie. Il aurait été occupé dès le Vème siècle avant J-C puis abandonné au début de notre ère, peut-être en raison du développement de la cité gallo-romaine d'Aquae Calidae (Vichy).
Carte des principaux peuples gaulois dans l'Allier peu avant la conquête romaine.
D'autres peuples étaient soumis aux Bituriges, Eduens et Arvernes, notamment les Ambivares, les Ambluarètes et les Boïens. Les Boïens sont arrivés tardivement dans la région, après avoir accompagné les Helvètes qui déferlaient sur la Gaule. Ils furent battus par Jules César en 58 avant J-C, mais si les Helvètes repartirent chez eux, les Boïens restèrent, sous la tutelle des Eduens (rappelons que ce sont les Eduens qui avaient appelé les Romains à l'aide). En effet Jules César avait admiré l'esprit combatif des Boïens et leur permis de rester. Selon les sources de l'époque, ils étaient 32 000 guerriers (auxquels il faut ajouter femmes, enfants, serviteurs etc...).  Il les installa entre les cours de la Loire et de l'Allier, afin de surveiller les Bituriges et les Arvernes.  Gorgobina, leur capitale, fut détruite à une date inconnue et son emplacement reste hypothétique (peut-être a-t-elle perduré jusqu'en 990 si on en croit les découvertes de Jean Vottero, qui la situe aux environs de St Pierre le Moûtier, dans le Bois des Vertus, au sud de la Nièvre, entre Moulins et Nevers). Selon la tradition populaire, les Boïens passent pour être les ancêtres des Bourbonnais. 

Quelques années plus tard, la région fut le théâtre de nombreuses batailles entre les Romains et les troupes coalisées de Vercingétorix. Les Romains purent s'appuyer sur leurs alliés Eduens et maintenant Boïens. Vercingétorix essaya d'assiéger Gorgobina, mais l'arrivée des troupes romaines l'obligea à lever le siège. Les Boïens fournirent par la suite de la nourriture à l'armée de César notamment lors du siège d'Avaricum (Bourges). Au retour de ce siège, la rivière Allier fut le théâtre d'une "drôle de guerre" entre Romains et Gaulois, Vercingétorix ayant détruit tous les ponts en vue d'empêcher César de passer rive gauche pour l'affronter avant d'arriver à Gergovie. Les deux armées remontaient la rivière en se tenant chacune sur une rive et s'observant, les Gaulois empêchant les Romains de reconstruire les ponts. C'est grâce à une ruse que César, ayant fait croire à un départ de son armée -et donc suivi par Vercingétorix-, mais ayant laissé un petit groupe en arrière pour rebâtir un pont, put traverser vers Moulins après avoir fait faire demi-tour à son armée. Au retour de Gergovie, il franchit l'Allier dans l'autre sens, vraisemblablement à Vichy, pour se rendre à Alésia. Après la défaite de Vercingétorix, la Gaule fut pacifiée et l'organisation romaine put vraiment commencer. 

Le Bourbonnais, de part sa position centrale, fut traversé par d'importantes voies romaines, et le transport fluvial se développa également.  Sous l'empereur Auguste, le territoire fut divisé en trois "civitates" (cités) qui recoupaient à peu près les limites des peuplades gauloises. La cité des Eduens fut rattachée à la Gaule Lyonnaise, et les cités Biturige et Arverne à l'Aquitaine. L'artisanat se développa, notamment la poterie, et trois principaux centres urbains s'affirmèrent : il s'agissait de Néris-les-Bains (Neria), Bourbon-l'Archambault (Borvo) et Vichy (Aquae Calidae). On peut remarquer qu'il s'agit de trois stations thermales, très prisées des Romains. Les trois villes furent dotées de thermes luxueux, mais seule Néris peut s'enorgueillir d'avoir été une véritable cité romaine, avec ses établissements de loisir, ses nombreux temples et son architecture "moderne".

Avec l'empereur Constantin, le christianisme se répandit rapidement dans tout l'empire romain à partir du IVème siècle. En Bourbonnais, des évangélisateurs comme St Austremoine ou St Front, et aussi quelques ermites faiseurs de miracles -tel Lupicin vers Trézelles ou St Patrocle à Colombier-  suscitèrent de nombreuses conversions. D'autres saints ont aussi particulièrement marqué l'histoire du Bourbonnais : St Pourçain, St Gilbert (le saint patron du Bourbonnais), St Menoux, et aussi St Mayeul et St Odilon qui vinrent plus tard...

La décadence de l'empire romain permit l'invasion de tribus germaniques, et la région fut occupée par les Wisigoths (zones biturige et arverne) et les Burgondes (zone éduenne) à la fin du Vème siècle. Les troubles ne cessèrent qu'avec l'unification de la Gaule, devenue la France, par Clovis et ses successeurs. Les Francs repoussèrent les Wisigoths jusqu'aux Pyrénées en 507, puis battirent les Burgondes en 534. 

 

 

3) Périodes Mérovingienne et Carolingienne

 

 

En 511, à la mort de Clovis, son royaume est divisé entre ses quatre fils. Le Bourbonnais est alors partagé entre Clodomir pour la partie dépendant de Bourges et Thierry pour la partie dépendant de Clermont, l'est restant sous domination du Royaume des Burgondes jusqu'à sa conquête par Clotaire en 534. Entre-temps Thierry ravagea la Limagne pour punir les Auvergnats de l'avoir trahi  en ralliant le quatrième frère, Childebert. On dit que c'est un miracle de St Pourçain, parti à sa rencontre, qui le fit cesser ses exactions. Plus tard, les successeurs de Clovis, les "rois fainéants", laissèrent le pouvoir aux maires du palais, Charles Martel puis Pépin le Bref. Celui-ci déposa le dernier roi mérovingien et pris sa place. A cette époque, le Bourbonnais n'existait toujours pas en tant que tel, et était divisé en trois zones : les viguiers (sortes de divisions judiciaires) de Néris, Chantelle et Bourbon dépendaient du comté de Bourges, ceux de Gannat, Vichy, Deneuvre et Escurolles du comté d'Auvergne et celui d'Yzeure du comté d'Autun. Or les comtés de Bourges et d'Auvergne relevaient du duché d'Aquitaine, dont le duc, Waïfre avait des velléités d'indépendance. Il fut soumis par Pépin le Bref, et le Bourbonnais, situé en zone frontière, subit de nombreuses batailles. Pépin prit notamment les places fortes de Bourbon et Chantelle. A la mort de Charlemagne, lors du traité de Verdun en 843, l'Aquitaine revint à l'un de ses fils, Charles II le Chauve, roi de Francie Occidentale. Elle englobait alors quasiment tout le territoire bourbonnais. L'Aquitaine était constituée de quinze comtés, et le Bourbonnais dépendait de celui de Bourges, lui-même divisé en treize vigueries. Ebreuil connut alors son heure de gloire en devenant résidence royale. Mais au fil du temps, avec le morcellement de l'ancien empire de Charlemagne, l'insécurité augmenta, le commerce, l'artisanat et l'agriculture périclitèrent, et les gens se réfugièrent sur des mottes castrales fortifiées sous la protection de seigneurs locaux.

 

 

4) Période des Sires de Bourbon

 

C'est à partir de là que commence véritablement l'histoire du Bourbonnais. Cette période étant assez riche et compliquée, mais passionnante, nous essaierons de nous cantonner aux faits principaux.

1ère maison de Bourbon

Tout commence vers 915, lorsqu'un seigneur local, Aimard, viguier de Deneuvre, fait donation de ses terres de Souvigny au monastère de Cluny. Les moines y fondent un prieuré, et la renommée d'Aimard en sort grandie (les questions religieuses ayant à l'époque une importance capitale). Le fils d'Aimard, Aimon Ier, sire vers 953, essaie de récupérer ces terres, mais se rend vite compte qu'il est de son intérêt d'entretenir de bons rapports avec les moines, aussi leur cède-t-il une parcelle supplémentaire (à Bressolles vers Moulins). Aimon possédait alors (probablement, car les informations manquent à cette époque) les viguiers de Deneuvre et de Bourbon. Il s'installe officiellement à Bourbon, qui deviendra la place forte des Bourbons et restera leur capitale jusqu'au XIIIème siècle, lorsqu'ils iront s'établir à Moulins.

Le fils d'Aimon Ier, Archambaud Ier, dit le Franc, qui succède à son père vers 959, s'implante à Bessay sur la rive droite de l'Allier. Deux faits marquent alors Souvigny et toute la région : presque coup sur coup, deux  saints viennent y mourir : St Mayeul et St Odilon. Ceci a pour conséquence d'attirer de nombreux pèlerins (dont Hugues Capet en 994, Robert le Pieux en 1031 et le pape Urbain II en 1095), et de propulser Souvigny au premier plan. Les Bourbons profitent directement de ce regain d'intérêt en tant qu'avoués (protecteurs laïcs) du prieuré (il est dit qu'Archambaud Ier en percevait la moitié des revenus). Archambaud II dit le Vieux (sire vers 990) étend son  territoire au nord-ouest et au nord-est en profitant de la faiblesse du vicomte de Berry et du comte de Nevers. Une légende dit qu'Archambaud II se serait épris d'une belle meunière sur les bords de l'Allier, au lieudit du Moulin Bréchimbault, et lui aurait fait construire un pavillon à l'emplacement du futur palais ducal, donnant naissance à la ville de Moulins. Ces deux Archambaud entretiennent de très bons rapports avec les moines de Souvigny. Son fils Archambaud III dit du Montet ou le Jeune (sire vers 1034) étend les possessions en direction du bocage bourbonnais et de la Limagne (la Chapelaude, Néris, Murat, Ainay le Vieil, Jenzat, Gannat, Cusset). C'est aussi vers cette époque qu'est signée la première charte de ville franche bourbonnaise : La Chapelaude en 1073. Le commerce se développe par le biais des foires et des marchés, et le paiement du cens dû au suzerain enrichit les Bourbons. Son fils Archambaud IV dit le Fort (sire vers 1078) fait preuve de plus d'autoritarisme envers les moines et envers ses voisins : il impose une redevance à la ville de Souvigny, menace l'archevêque de Lyon, emprisonne le comte de Nevers... Il est même menacé d'excommunication par l'abbé de Cluny, nécessitant l'entremise du pape Urbain II !  Archambaud IV meurt fort opportunément non sans avoir mis à profit son règne pour agrandir son territoire (Mazirat, Neuville, Ygrande, St Pierre le Moûtier, Le Veurdre, La Chapelle aux Chasses). Le conflit avec l'Église se résout par la signature d'une charte avec la ville de Souvigny en 1095. Archambaud V dit le Pieux ne règne qu'un an car il décède prématurément. 

L'affaire Vaire Vache

A la mort d'Archambaud V, son fils, Archambaud VI dit le Pupille n'est qu'un enfant et son oncle, Aimon II dit Vaire Vache, d'abord son tuteur, en profite pour le déshériter en 1108 et s'accaparer la seigneurie, non s'en s'être préalablement assuré du soutien des moines. Notons par ailleurs qu'en 1101, le roi Philippe Ier achète le vicomté de Bourges et la seigneurie de Dun, bloquant du coup l'avancée des Bourbons vers le nord-ouest (qui sans cela auraient sûrement fini par s'emparer de tout le nord-Berry).  En 1108, la mère d'Archambaud VI, Luce, aidée de son second mari, intrigue pour pousser le roi Louis VI le Gros à intervenir pour rétablir son fils dans ses droits, prêtant à Vaire Vache turpitudes et ambitions diverses. Devant le refus de Vaire Vache de comparaître en justice, le roi, à la tête d'une forte armée, le retrouve à Germigny, forteresse dans laquelle Aimon II s'était retranché. Celui-ci, voyant le vent tourner, fait rapidement soumission et acte d'obéissance au roi. Il est  emmené à Paris où il est jugé. Le jugement, assez singulier,  lui conserve son titre et la majeure partie de ses biens. Son fils est désigné comme son successeur. Il semble que le roi ait préféré voir à la tête du Bourbonnais un homme fort, à qui il confia d'ailleurs la garde de l'Auvergne. En tout cas cet épisode marque le début du rapprochement entre les Bourbons et le pouvoir royal, ce dernier prenant conscience de leur puissance et de l'intérêt stratégique de leurs terres. Remarquons au passage que la soeur d'Archambaud V et d'Aimon II, Hermengarde, de par son mariage avec Foulques IV d'Anjou, sera la grand-mère du roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt, et donc l'arrière grand-mère de Richard Coeur de Lion. 

Le fils d'Aimon II, Archambaud VII dit le Fort, sire en 1120, épouse Agnès de Savoie, belle-soeur du roi Louis VI et nièce du pape Calixte II. Archambaud VII participe à la deuxième croisade avec le roi Louis VII le Jeune. Il montre à cette occasion de grandes capacités militaires, et ramène des reliques précieuses. En 1152, Louis VII répudie Aliénor d'Aquitaine. Celle-ci se remarie avec Henri Plantagenêt (le petit-fils d'Hermengarde, pour ceux qui suivent...). Tout le sud-ouest de la France passe sous domination anglaise, préfigurant la guerre de Cent Ans. Le Bourbonnais, situé à la frontière de l'Aquitaine, resté fidèle au roi de France, prend une importance stratégique de premier plan. Archambaud VII, profitant d'un long règne d'une cinquantaine d'années, continue à étendre son territoire. Puisque le nord-ouest est bloqué depuis l'acquisition royale du Berry, le sud-ouest par l'Aquitaine devenue anglaise, et le nord-est par le puissant duché de Bourgogne, c'est vers le sud, et donc l'Auvergne, qu'il va se diriger. S'il est obligé de renoncer à St Pourçain, sur laquelle le roi veut garder la mainmise, il s'empare de Montaigut en Combrailles en 1169, puis Bellenaves, Charroux, Hérisson, Ainay le Château, Huriel, Épineuil, Saint Désiré... Il accorde une franchise à Montcenoux (aujourd'hui Villefranche d'Allier) en 1138 et à Charroux en 1145. A sa mort, en 1171, son fils Archambaud étant prédécédé, il laisse une petite-fille, Mathilde Ière (ou Mahaut). Le Bourbonnais n'appliquant pas la loi salique, celle-ci peut régner en tant que Dame de Bourbon.  Elle épouse Gaucher de Vienne, qui combat des groupes de pillards à la solde des Anglais qui écument alors le pays.  Il part à la troisième croisade avec Philippe II Auguste. Bourbon obtient le statut de ville franche en 1182. Pendant ce temps, Mathilde est soupçonnée d'infidélité et excommuniée. Le pape Clément III prononce le divorce, officiellement pour trop proche parenté entre les époux. Le roi remarie Mathilde avec Guy de Dampierre, maréchal de Champagne, un de ses fidèles, en 1196.

2ème maison de Bourbon

Avec Guy de Dampierre, sire de Bourbon par son mariage,  commence la deuxième maison de Bourbon. Venu du nord de la France, il apporte avec lui de nouvelles coutumes et accélère la diffusion de la langue d'oïl. En 1202, en remerciement de ses bons et loyaux services, il reçoit du roi Montluçon -devenue disponible depuis que l'Angleterre avait renoncé à sa suzeraineté sur l'Auvergne en 1189. Profitant d'une querelle entre le comte d'Auvergne et l'évêque de Clermont, le roi Philippe II Auguste charge Guy d'intervenir. Celui-ci prend pas moins de 120 châteaux en Auvergne, dont la forteresse réputée imprenable de Tournoël. En récompense, Guy est nommé connétable d'Auvergne, détient l'autorité militaire sur toute la région, et se voit attribuer St Gérand le Puy, Nizerolles, Châtel Montagne et Châteldon. En 1214, Guy se distingue à la bataille de Bouvines en sauvant le roi. Il meurt en 1216, et Mathilde en 1227.  

 Le fils de Mathilde et Guy, Archambaud VIII, dit le Grand, hérite en 1216 d'un domaine déjà solide et étendu. Il y ajoute Charmes, Broût Vernet, Varennes, Billy, Lapalisse, Jenzat, Gouzon (Creuse). Il participe à la croisade contre les Albigeois avec le roi Louis VIII, qui meurt au château de Montpensier au retour du siège d'Avignon. Il fait partie des conseillers de la couronne pendant la régence de Blanche de Castille, et la soutient, ainsi que le futur Louis IX, contre les intrigues des puissants féodaux. Il s'oppose à l'archevêque de Bourges pendant des années, ce qui lui vaudra d'être excommunié, avant de finir par se soumettre. Les chartes de villes franches se multiplient : Moulins (1232), Gannat (1236)...  A sa mort, en 1242, son fils Archambaud IX dit le Jeune devient sire. Il  reçoit, par son mariage avec Yolande de Châtillon, comtesse de Nevers, St Aignan (Berry), Montmirail (Perche), et les comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre sur la Bourgogne. Montluçon (1242) et  Chantelle (1248) sont déclarées villes franches. Parti en croisade avec le roi Louis IX, il meurt à Chypre en 1249.  Il laisse deux filles, Mathilde et Agnès, mariées aux deux fils du duc de Bourgogne, Eudes et Jean. Prévoyant, il avait institué ses filles héritières par testament. Mathilde II gouverne de 1249 à 1262. Son mari Eudes meurt à St Jean d'Acre en 1266 en participant à la huitième croisade. Agnès devient dame de Bourbon en 1262 et obtient des moines de Souvigny d'être associée au droit de battre monnaie (droit que les moines possédaient depuis fort longtemps). Les moyens financiers des Bourbons s'en trouvent fortement améliorés. Après le décès de Jean de Bourgogne, elle se remarie avec Robert II d'Artois, neveu de St Louis. Après sa mort, les biens des Bourbons reviennent à la fille qu'elle a eue avec Jean, Béatrix, qui épouse Robert de Clermont (Clermont en Beauvaisis, dans l'Oise), qui n'est autre que le sixième fils de St Louis. Leur fils, le futur Louis Ier, a donc du sang royal dans les veines.

 

5) Période des Ducs de Bourbon

 

3ème maison de Bourbon

Béatrix de Bourbon et Robert de Clermont marquent le début de la troisième maison de Bourbon, qui, grâce à cette alliance royale, connaîtra un destin exceptionnel. Robert, handicapé par un violent coup reçu sur le crâne lors d'un tournoi, ne joue pas un rôle important, laissant Béatrix administrer avec sagesse le Bourbonnais. Elle disparaît en 1310 à Murat, où elle tenait sa cour. 

Louis Ier dit le Boiteux puis le Grand devient sire de Bourbon en 1310. Très proche du roi Philippe IV le Bel, il participe en tant que comte de Clermont (en Beauvaisis -c'est ainsi qu'on désigne dorénavant l'héritier du duché de Bourbon- à la campagne des Flandres et est présent lors d'importantes cérémonies (couronnement du pape Clément V, mariage de la soeur du roi à Londres et sacre d'Edouard II),  pendant lesquelles il s'endette en menant grand train, au point que Béatrix doit mettre en gage quatre châtellenies ! Il est ensuite nommé grand chambrier de France, fonction hautement honorifique et assortie de moyens financiers conséquents. Il fonde la Sainte Chapelle de Bourbon en 1315 pour y abriter les précieuses reliques données par St Louis à  Robert de Clermont. Il agrandit aussi considérablement le château de Moulins, ainsi que celui de Chantelle. Rêvant d'Orient et de croisades, il achète au duc de Bourgogne le titre de roi de Thessalonique pour une forte somme. Mais la guerre franco-anglaise l'oblige à se concentrer sur l'Aquitaine, où il conquiert l'Agenais et la Guyenne (sauf Bordeaux). Pour le remercier, Charles IV le Bel, le nouveau roi, né à Clermont en Beauvaisis, lui échange ce fief contre le comté de la Marche, Issoudun, St Pierre le Moutier et Montferrand. En 1327 il érige la baronnie de Bourbon en duché. L'année suivante le roi Philippe VI lui reprend Issoudun, St Pierre le Moutier et Montferrand mais lui rend le comté de Clermont, qu'il érige en pairie à cette occasion. Louis Ier devient donc un des personnages les plus importants du royaume (il n'y avait à l'époque que quatre duchés, ceux de Bourbon, de Bretagne, de Guyenne et de Bourgogne, et la pairie constituait l'ultime honneur, partagé seulement par quelques élus). Louis Ier récupère aussi Veauce et Montaigu le Blin, et continue de s'illustrer sur les champs de bataille -de nouveau en Flandres- et à mener des opérations diplomatiques avec l'Angleterre. Il laisse deux fils, Pierre et Jacques. La branche aînée issue de Pierre continuera à régner sur le Bourbonnais jusqu'à la fin, alors que la branche cadette issue de Jacques obtiendra le trône de France bien des années plus tard. Il laisse aussi une fille, Marie, mariée au fils du roi de Chypre, qui une fois veuve se remariera à l'empereur latin de Constantinople Robert de Sicile. 

La guerre de Cent Ans

En 1337, Edouard III d'Angleterre se proclame roi de France, déclenchant la guerre de Cent ans (1337-1453). En effet, le roi de France Charles IV le Bel meurt en 1328 sans héritier mâle. C'est la fin des Capétiens directs. Son cousin Philippe de Valois devient roi (Philippe VI). Or la mère d'Edouard III, Isabelle de France, est la fille de Philippe le Bel. Les règles de succession par les femmes au trône de France étant très floues à ce moment-là, il s'ensuit un imbroglio dynastique où chacun revendique le trône avec plus ou moins de bonne foi. Les possessions étendues des rois d'Angleterre dans l'ouest de la France ne font qu'attiser le problème. La guerre fait rage et démarre mal pour les Français, les défaites s'accumulent, le roi Jean II le Bon est fait prisonnier, le Prince Noir, fils d'Edouard III, ravage tout le sud-ouest à tel point que plus d'un tiers de la France passe sous contrôle anglais. Le traité de Brétigny (dit aussi Traité de Calais) met fin -provisoirement- aux hostilités en 1360.  Edouard III d'Angleterre, en échange de sa renonciation au trône de France et de la libération de Jean II, obtient tout le centre-ouest de la France, plus Calais et d'autres terres dans le nord. En revanche il renonce au duché de Normandie et à d'autres fiefs. Pour ne rien arranger, la peste noire se répand en France dès 1348 et en Angleterre dès 1360, tuant près de la moitié de la population de ces deux pays.

Pierre Ier succède à son père en 1342. Il est marié à la soeur du roi, Isabelle de Valois. Il doit faire face aux troubles de la guerre de Cent Ans. Des bandes de pillards, les "routiers", écument le pays, dont l'ouest du Bourbonnais. Pierre Ier meurt à la bataille de Poitiers en 1356 en protégeant le roi Jean II le Bon. Ayant mené grand train, il finit criblé de dettes, à tel point qu'à sa mort son corps est gardé comme monnaie d'échange par ses créanciers et qu'il est excommunié jusqu'à ce que son fils règle ses dettes ! Sa fille Jeanne deviendra reine de France en se mariant au futur Charles V, et sa fille Blanche reine de Castille par son mariage avec Pierre le Cruel.

Son fils Louis II dit le Bon lui succède en 1356. Il se choisit comme emblème un cerf ailé. En 1360 il fait partie des otages envoyés en Angleterre pour garantir l'exécution du traité de Brétigny. Louis II restera sept ans otage à Londres (où il mènera un tain de vie dispendieux). Sa mère administre tant bien que mal le duché en son absence en cette période troublée. Elle doit faire face aux routiers, au Pince Noir, à la peste, et payer les dépenses de son fils à Londres. Le routier anglais Robert Knowles occupe Cusset mais échoue devant St Pourçain. Le Pince Noir attaque Bourbon l'Archambault en 1356 et 1359. Jaligny résiste à un long siège en 1363.A son retour en 1366, Louis II trouve une douzaine de places fortes occupées par les Anglais, des châteaux en ruines, et des caisses vides... En 1369, la guerre avec les Anglais reprend officiellement ; les routiers réussirent même à capturer Isabelle de Valois en assiégeant Belleperche, et si Louis II peut reprendre la forteresse, la duchesse douairière restera leur prisonnière pendant trois ans. Louis II, rallie ses vassaux -qui ne s'étaient pas tous bien conduits pendant son absence-, en décrétant une amnistie générale après avoir jeté au feu le livre où avaient été consignés tous leurs méfaits, et en fondant l'ordre de chevalerie l'Ecu d'Or et sa ceinture Espérance, avec la devise Allen (pour tous). Il écrase les routiers entre 1367 et 1369. En 1371 il se marie à Anne Dauphine d'Auvergne, récupérant au passage le Forez et Thiers. Saint Amand Montrond est intégrée au duché, de même que Abrest, Châtel Montagne, St Germain des Fossés. Il fait entrer Vichy dans le giron bourbonnais par étapes, de 1372 à 1384. En 1400 il récupère le Beaujolais et la principauté de Dombes -cette dernière se trouvant alors en terre d'Empire-, convoités par le duc de Bourgogne, et acquiert la Combraille. Pendant ce temps la chrétienté est secouée par le Grand Schisme d'Occident de 1378 et la lutte des papes d'Avignon et de Rome se superpose à la guerre de Cent Ans. Louis II fut un grand administrateur, en plus d'être un bon militaire. A Vichy, il érige des murailles et construit le couvent des Célestins au-dessus de la source du même nom. Il fortifie aussi de nombreuses villes (Montluçon, où l'on peut toujours voir le château ducal, Varennes, Vichy), améliore et répare les défenses de places fortes (par exemple Bourbon, notamment en construisant la fameuse tour Qui qu'en Grogne). Il installe sa Cour à Moulins, où il crée une chambre des comptes en 1374 ; suite à l'arrivée massive de "fonctionnaires" et à de grands travaux, la ville se transforme en véritable capitale. Il réorganise le duché et sa justice. Il participe aussi au "gouvernement des oncles" du roi Charles VI pendant sa minorité, avec les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne.

L'affaire du mariage et du testament

Il marie son fils Jean (futur Jean Ier de Bourbon) à Marie de Berry, fille du duc de Berry, petite fille du roi Jean le Bon. Ici se joue l'avenir du duché : dans le contrat de mariage, il est dit que l'Auvergne et Montpensier (propriétés du duc de Berry) reviendront à Marie et Jean ou à leurs descendants. Louis II est satisfait, car les ducs de Bourbon recherchaient depuis longtemps un moyen de s'approprier l'Auvergne.  Néanmoins, ces terres devraient revenir à la couronne en cas d'absence d'hériter mâle. Pour des raisons mal définies, peut-être en contrepartie de cet avantage, Louis II stipule dans son testament  que ses possessions reviendront à Jean et Marie ou à leur descendance -ce qui est logique-, mais deviennent des apanages, c'est à dire qu'en l'absence d'héritier mâle à un moment ou à un autre de la lignée, le duché de Bourbon et le comté de Clermont (Clermont en Beauvaisis, faut-il le rappeler ?) reviendront à la couronne, alors que jusque-là ils pouvaient se transmettre par les femmes. Louis II fut donc à la fois le créateur de l'Etat Bourbonnais et l'artisan involontaire de son anéantissement un siècle plus tard par François Ier et sa mère. Louis II meurt en 1410 à Montluçon, alors que commence la guerre entre Armagnacs et Bourguignons.

Les Armagnacs contre les Bourguignons

En plus de la guerre contre les Anglais, les Français sont divisés entre partisans des Armagnacs menés par le duc d'Orléans, -frère du roi Charles VI, devenu fou-, et des Bourguignons menés -comme il se doit- par le duc de Bourgogne qui fut régent. En 1407 Jean sans Peur, duc de Bourgogne, voyant son influence et ses revenus diminuer, fait assassiner le duc Louis d'Orléans, déclenchant la guerre civile. Battus à Soissons en 1414, les Bourguignons semblent avoir perdu la partie. Mais les Anglais profitent de la guerre civile pour attaquer et les Français sont écrasés à Azincourt en 1415. Jean sans Peur est à son tour assassiné en 1419. Le traité d'Arras met fin aux hostilités entre partisans du dauphin et Bourguignons en 1435. Le dauphin est reconnu roi et la Bourgogne obtient une quasi-indépendance.

Lorsque Jean Ier succède à Louis II en 1410, il prend le parti des Armagnacs, vers lequel inclinait déjà son père. Les Bourguignons envahissent alors le nord-est du Bourbonnais et menacent Moulins. Sa mère, Anne d'Auvergne, réussit à les contenir et négocie un mariage entre les deux familles, ce qui met fin à l'invasion. Jean Ier est fait prisonnier lors de la bataille d'Azincourt. Il restera dix-huit ans prisonnier en Angleterre (dans des conditions toutefois très confortables) où il mourra.  Pendant la captivité du duc, Marie de Berry administre le Bourbonnais. Charles, fils de Jean Ier, comte de Clermont, épouse contraint et forcé Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur, en 1425. En 1429, Jeanne d'Arc séjourne à Moulins, et à la demande de Charles s'empare de St Pierre le Moutier.

Charles Ier devient duc en 1434. Après une guerre éclair perdue contre les Bourguignons il s'efforce de rester neutre entre le parti du dauphin et celui du duc de Bourgogne, ce qui arrange tout le monde, aucun des clans n'étant désireux de voir ce vaste domaine, même fortement affaibli, passer résolument du côté adverse. Charles Ier change souvent de camp au cours des hostilités -ce qui lui vaut une réputation posthume peu flatteuse- puis finit par se poser en conciliateur. Il participe activement aux tractations du Traité d'Arras.

La révolte de la Praguerie

Pendant la guerre avec la Bourgogne, Charles Ier avait eu recours à des mercenaires. Ceux-ci étaient souvent restés sur place et terrorisaient les habitants. Parmi eux deux demi-frères bâtards du duc et un célèbre aventurier, Villandrando. Celui-ci  était devenu tellement influent qu'il s'était même marié avec une fille naturelle du duc Jean Ier, et avait récupéré la seigneurie d'Ussel et celle de Montgilbert. Le roi Charles VII, pressé par une conspiration dont fait partie le duc, vient en Bourbonnais, occupe Montmarault et chasse Villandrando et nombre de routiers,  aidé ponctuellement en cela par des paysans excédés par leurs exactions. Pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise, le roi décrète que nul autre que lui ne peut lever des gens de guerre -sauf autorisation expresse- ou nommer des capitaines. Cette grave atteinte aux privilèges des féodaux passe très mal parmi les seigneurs.

 Les nobles se rebellent : c'est la révolte de la Praguerie, à laquelle participent les grands feudataires, dont Charles Ier, et le dauphin en personne -le futur Louis XI. Le roi réagit vigoureusement : il envahit le Bourbonnais au printemps 1440, et bientôt tout le sud du duché tombe : Chambon, Evaux, Montaigut en Combrailles, Ebreuil, Escurolles, Charroux, Aigueperse, St Pourçain, Vichy, Cusset, Varennes, Lapalisse...  Le duc et ses alliés, réfugiés à Moulins, comprennent que leur cause est perdue et se rendent à Cusset où se trouvait le roi pour lui demander son pardon. La paix est signée le 17juillet 1440 à Cusset et le roi pardonne effectivement aux rebelles. Il en profite pour prévoir le mariage de sa fille Jeanne avec le comte de Clermont, futur Jean II (mariage effectif en 1446). Pendant ce temps, la guerre de Cent Ans tourne de plus en plus à l'avantage des Français et se terminera officiellement en 1475.

La Ligue du Bien Public

Jean II succède à Charles Ier en 1456. Du temps où il était comte de Clermont, il s'était déjà fait remarquer sur le champ de bataille pendant la guerre de Cent Ans, à tel point qu'il était surnommé "le Fléau des Anglais". Mais le roi Louis XI, roi centralisateur, veut reprendre l'ascendant sur les nobles du pays. En 1461, il retire à Jean II le gouvernement de la Guyenne et sa pension. D'autres grands nobles sont également victimes de mesures vexatoires. En 1464, sous la houlette du duc de Berry, le frère du roi, et du comte de Charolais, ils créent la Ligue du Bien Public, dont fait partie Jean II, dans le but de remplacer le roi par un régent. La guerre est inévitable. En 1465 les armées royales envahissent à nouveau le Bourbonnais. Le roi et ses alliés, dont le duc de Milan, prennent St Amand Montrond et Montluçon, St Pourçain, Verneuil, Escurolles, Gannat, Billy, ravagent le Forez et le Beaujolais, mais Moulins résiste. Jean II contre attaque en occupant la Normandie et l'Orléanais. Pendant ce temps les troupes royales qui étaient remontées en hâte vers le nord affrontent les Bourguignons (encore eux) au sud de Paris. Le roi se replie dans Paris qui se retrouve assiégée par les Bourguignons et les Bretons, rejoints par d'autres. Voyant que l'issue du conflit était très incertaine, le roi préfère faire la paix vers la fin d'année 1465, par trois traités séparés. Certains des frondeurs sont punis, d'autres pardonnés et même récompensés. Jean II, que le roi ne souhaitait pas s'aliéner durablement, retrouve sa pension et est nommé lieutenant général, ce qui lui donne autorité sur tout le centre et le sud de la France. Il est aussi nommé dans le nouvel Ordre de St Michel. Mais le roi joue double jeu : pour affaiblir Jean II, il marie en 1474 sa fille Anne de France au frère de celui-ci, Pierre de Bourbon, dit Pierre de Beaujeu. Il oblige aussi Jean II à donner en apanage à Pierre et Anne le Beaujolais, le comté de Clermont (en Beauvaisis), la Marche et la Combraille. A la mort du roi Louis XI, Anne de Beaujeu exerce la régence car Charles VIII n'a que treize ans. Le jeune roi nomme la même année (1483)  Jean II connétable de France. Jean II fut pendant son règne un grand mécène ami des arts, entretenant une cour brillante à Moulins, et s'essayant lui-même à la musique et à la poésie.

Jean II meurt sans héritier légitime. C'est son frère, Charles II, cardinal archevêque de Lyon et Primat des Gaules, qui lui succède en 1488. Il avait fait partie du conseil du roi Louis XI avec Pierre de Beaujeu, et était le parrain du roi Charles VIII. Mais lorsqu'il devient duc de Bourbon,  il est âgé pour l'époque, -54 ans- et usé par les plaisirs. Et surtout il a en face de lui Anne de France, régente du royaume -régence qu'elle prolongera presque sept ans après la majorité légale de Charles VIII-, maîtresse femme ambitieuse au caractère bien trempé, rompue à l'exercice du pouvoir et aux roueries de la politique, dont le roi Louis XI avait dit d'elle : "elle est la moins folle des femmes de France, car de sage il n'y en a point" et dont les chroniqueurs s'accordaient à dire que mis à part pour le sexe, le charme et la grâce, elle n'était point différente des hommes (ce qui, vu la misogynie de l'époque, était un sacré compliment).  Dès le début de la régence, Anne avait dû contenir une révolte des grands nobles qui voulaient la régence (la Guerre Folle, emmenée par le duc Louis II d'Orléans, futur roi Louis XII) et mener la guerre contre le duc de Bretagne puis préparer le rattachement de la Bretagne au royaume. Sans coup férir, elle s'empare de Moulins et des principales places fortes bourbonnaises, et après quelques semaines Charles II est contraint d'abandonner ses droits et ses titres moyennant une rente viagère. Il décède quelques mois plus tard.

Les Beaujeu

Pierre II devient duc en 1488 donc, et Anne devient duchesse à plein temps à partir de 1491 : depuis le mariage du roi Charles VIII avec Anne de Bretagne elle n'a plus en charge la régence, et peut se consacrer entièrement au Bourbonnais. Ils passent à la postérité sous le nom de Pierre et Anne de Beaujeu, du nom de la seigneurie qu'ils détiennent dans le Beaujolais. Sous leur règne, le Bourbonnais atteint ses dimensions maximales et aussi son apogée culturelle et politique. Il devient un véritable Etat dans l'Etat. Depuis le rattachement de facto de la Bretagne, c'est le dernier duché encore indépendant. Il comprend, outre le Bourbonnais proprement dit, l'Auvergne, la Marche, le Beaujolais, le Forez, Clermont en Beauvaisis, et les apports de Pierre II : les comtés de Gien et de Châtellerault, les vicomtés de Carlat et Murat, la seigneurie de Bourbon Lancy. Ils sont aussi princes de Dombes, en terre d'Empire, principauté pour laquelle ils ne relèvent donc pas du roi.  De par toutes les charges honorifiques qu'ils ont accumulées, et grâce aux revenus de leurs vastes territoires, les ducs disposent d'énormes moyens financiers, largement comparables à ceux de la couronne. Pendant la campagne d'Italie de Charles VIII (1494-1495), la France est confiée à Pierre II qui administre le pays depuis Moulins. Le palais ducal de Moulins est agrandi (actuel pavillon Anne de Beaujeu) dans le nouveau style à la mode découvert en Italie : la Renaissance. A la Cour de Moulins se pressent les plus grands artistes et lettrés (dont le fameux Maître de Moulins, peintre du triptyque de la Vierge). De grands travaux sont aussi entrepris à Bourbon et surtout à Chantelle où Anne réside souvent. A la mort du roi Charles VIII en 1498, les ducs ne s'opposent pas à Louis d'Orléans, qui devient Louis XII et fait annuler son mariage avec Jeanne de France (la soeur d'Anne) pour se remarier avec Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII. Pierre II meurt en 1503 et a droit à un enterrement grandiose. Anne de France continue de diriger le Bourbonnais avec habileté. Mais elle est inquiète : de son mariage avec Pierre était né un fils, Charles, comte de Clermont, qui malheureusement est mort jeune (1476-1498). Ils ont eu une fille sur le tard, Suzanne, née en 1491 (Anne avait 30 ans et Pierre 53 ans). Suzanne n'a pas un physique agréable et est de faible constitution. En vertu du testament de Louis II (vous vous rappelez ?), l'avenir du duché semble bien sombre...

 

Anne de Beaujeu Le Connétable Charles III  Suzanne de Bourbon
Carte des possessions des Bourbons au début du XVIème siècle. La Dombes se trouve alors en terre d'Empire.

 

6) Episode du Connétable de Bourbon

 

Le mariage arrangé

Anne et Pierre de Beaujeu n'ayant eu qu'une fille, Suzanne, théoriquement, d'après le testament de Louis II, leurs possessions auraient dû revenir à la couronne. Mais le roi Louis XII, avec lequel les Bourbons s'étaient réellement réconciliés, avait abandonné ses prétentions sur le duché et annulé la clause d'apanage, pour que Suzanne puisse hériter. Pierre II voulait marier Suzanne au duc d'Alençon, deuxième dans l'ordre de succession au trône (après François d'Angoulême, futur François Ier), mais en raison du décès de Pierre le mariage est reporté. Cependant, la branche cadette des Bourbon Montpensier, issue de Jean Ier, réclame des droits sur le Bourbonnais. En 1489, Pierre II avait été obligé par le parlement de signer une déclaration par laquelle, en l'absence d'héritier mâle, la branche cadette des Montpensier pourrait hériter. Ceux-ci n'acceptent pas d'être privés de leurs droits par les libéralités octroyées par Louis XII et la donation au dernier vivant -autorisée par Charles VIII- que s'étaient faite Pierre II et Anne. Anne de Beaujeu, devant ces recours juridiques, décide de prendre tout le monde de court. Elle fait annuler le projet de mariage avec le duc d'Alençon et décide de marier Suzanne au dernier descendant des Montpensier, Charles -le futur célèbre connétable de Bourbon-, qu'elle connaît bien (il vit à Moulins depuis la mort de son père et de son frère aîné) et qu'elle apprécie.  Ils sont très jeunes -Charles a quinze ans et Suzanne quatorze-, mais qu'importe ! Anne espère ainsi couper court à toute contestation, qu'elle vienne de la Couronne ou des Montpensier. Le contrat de mariage, en 1505, est ciselé : Anne, en tant que légataire universelle de Pierre II, fait don de toutes ses possessions à Suzanne et à Charles. Charles apporte dans la corbeille de mariage ses propres terres : les comtés de Montpensier et de Clermont (en Auvergne cette fois-ci !), la seigneurie de Mercoeur et le dauphiné d'Auvergne. Les deux époux se font également une donation au dernier vivant et à leurs futurs descendants de tous leurs biens. Le roi Louis XII n'y trouvant rien à redire, Charles III se retrouve donc, après son mariage, duc de Bourbon, d'Auvergne, de Châtellerault, comte de Clermont en Beauvaisis, de Montpensier, de Forez, de la Marche, de Gien, de Clermont en Auvergne, vicomte de Carlat et de Murat, seigneur de Beaujolais, de Combrailles, de Mercoeur, d'Annonay, de la Roche en Régnier, de Bourbon Lancy, et prince de Dombes. C'est le deuxième personnage du royaume après le roi. Seule Louise de Savoie, mère du futur François Ier et cousine germaine de Suzanne proteste... 

Louis XII confirme Charles III grand chambrier de France et gouverneur du Languedoc. Charles III conquiert ses lettres de noblesse dans les guerres d'Italie du nord, ainsi qu'en Bourgogne. Il est même tellement brillant qu'il inquiète... Son cousin François d'Angoulême se marie avec la fille de Louis XII, Claude de France, en 1514.  Charles, Anne et Suzanne sont de la cérémonie bien entendu. Tout oppose Charles et François : autant le duc de Bourbon est sérieux, bon gestionnaire, autant François est frivole et outrageusement dépensier, surtout depuis son mariage avec Claude, car il puise directement dans les caisses du royaume, ce qui a le don de mettre le vieux Louis XII en colère. Louis XII qui d'ailleurs ne tardera pas à décéder sans héritier mâle. 

Le Pavillon Anne de Beaujeu, premier édifice de style Renaissance en France (achevé vers 1500)

Le début des ennuis

François Ier, premier successible, devient roi en 1514. Louise de Savoie, qui en avait fait une fixation, exulte et compte bien le manipuler pour assouvir sa propre ambition et sa vengeance contre Anne de Bourbon, qu'elle déteste. François Ier nomme Charles connétable en 1515, car les rapports entre les deux hommes sont encore bons à ce moment-là. En tant que connétable, il réorganise l'armée et part avec François Ier pour la campagne d'Italie. C'est la victoire de Marignan contre les Suisses, en ... 1515 bien sûr ! Cette victoire doit beaucoup au duc, et il est nommé gouverneur du duché de Milan. Puis Charles et le roi regagnent Moulins où les attendent Anne, Suzanne, la reine Claude et Louise de Savoie, et fêtent la victoire. Mais des tensions apparaissent ensuite assez rapidement, pour des questions d'argent, car Charles a engagé de gros frais pour la campagne d'Italie et diverses autres opérations, et François Ier fait la sourde oreille pour le dédommager. De plus, ses pensions ne lui sont pas versées régulièrement, voire pas versées du tout. La chambre des comptes à Moulins, qui fait office de ministère des finances du Bourbonnais, rend son rapport sur le manque à gagner qui est phénoménal (plusieurs centaines de milliers de livres). Un événement met ces problèmes entre parenthèses pendant un instant : Suzanne, contre toute attente, est enceinte et accouche d'un petit François, titré comte de Clermont comme le veut la coutume, en 1517. François Ier en est le parrain. Les Bourbons déploient alors un faste grandiose, ce qui fera penser au roi que le duc n'a finalement pas tant besoin d'argent qu'il le dit. En 1518, c'est au tour de François Ier d'être père. Anne de Beaujeu est la marraine du petit dauphin. Là aussi, le faste déployé est invraisemblable, surtout si on considère le piteux état des finances royales. Pendant ce temps, Charles Quint est élu Empereur Germanique contre François Ier qui se présentait aussi. Peu de temps après, un drame survient : le comte de Clermont meurt. Charles et Suzanne essaient d'avoir d'autres héritiers mais n'y parviendront pas. Le Bourbonnais est à nouveau en danger...  Suzanne, déjà de santé fragile est affaiblie par des fausses couches ou l'accouchement d'enfants morts nés.  Conseillée par sa mère, elle couche Charles sur son testament en 1519. Sage précaution car l'héritière la plus proche de Suzanne n'est autre que... Louise de Savoie !  

Le Camp du Drap d'Or

En 1520, une rencontre est organisée entre les rois de France et d'Angleterre pour tenter de réchauffer les relations entre les deux pays. Toute la noblesse est là, il y a moult joutes et ripailles. Le roi d'Angleterre remarque à cette occasion Charles III, qui lui a fait présent d'un cheval magnifiquement harnaché. Il dira de lui "mon frère de France a dans monsieur le connétable un sujet dont je ne voudrais mie être le maître. Dans tous les cas fera-t-il bien de ne pas trop ferrer le mors de ce fier coursier, car il me paraît prompt à regimber. C'est un vassal qui aimera toujours mieux sentir la main d'un ami que celle d'un maître."

Le procès

Suzanne meurt en 1521, à seulement dix-huit ans. Charles et Anne sont effondrés, mais c'est déjà la guerre avec Charles Quint et Charles III est appelé au front par le roi. La victoire n'est pas au rendez-vous, et Louise de Savoie intrigue pour que le commandement de l'avant-garde soit enlevée au connétable. Charles est véritablement ulcéré. De plus, dès le décès de Suzanne, Louise réclame la succession. Elle fait toutefois préciser que si le connétable, dont elle était secrètement amoureuse depuis des années, acceptait de l'épouser, elle renoncerait à ses droits. Bien que cela aurait été très avantageux pour lui -elle lui aurait apporté en plus l'Angoumois, la Touraine, l'Anjou et le Maine-,  et que ce soit François Ier en personne qui lui en fasse part, Charles refuse vigoureusement, traitant même Louise de "femme sans pudeur"! On imagine la réaction de François Ier... Anne de Beaujeu, toujours aux aguets, voyant les ennuis arriver, rédige rapidement un testament dans lequel elle fait donation de tous ses biens à Charles. Le procès en héritage commence. Le parlement est plutôt favorable aux Bourbons, car la légalité joue en leur faveur : Charles VIII avait reconnu à Pierre II le droit de disposer librement de ses biens, Louis XII avait annulé la clause d'apanage, Pierre II avait reconnu les droits des Montpensier, il y a le contrat de mariage de Suzanne et Charles, le testament de Suzanne puis celui d'Anne, et pour parachever le tout le contrat de mariage de Marguerite de Bourbon, mère de Louise, qui renonçait à toute prétention sur l'héritage familial par son mariage avec Philippe de Savoie. Louise n'a donc légalement aucun droit sur l'héritage des Bourbons. Mais quand l'une des parties au procès est la mère du roi, le droit s'adapte... Les conseillers sont dans une situation délicate : soit ils se déshonorent en prononçant un verdict qu'ils savent injuste, soit ils prennent le risque de s'aliéner le roi. Du coup ils préfèrent ajourner le procès. Sans attendre les conclusions futures, François Ier commence à distribuer les biens des Bourbons à sa mère ! Louise de Savoie fait hommage au roi pour les duchés de Bourbonnais et d'Auvergne et les autres possessions des Bourbons en octobre1522, comme s'ils lui appartenaient déjà. Anne conseille alors à Charles de faire alliance avec Charles Quint, puis rend son dernier soupir à Chantelle un mois plus tard.

La révolte et la fuite

Le roi fait immédiatement saisir tous les biens d'Anne (notamment le comté de Gien et la seigneurie de Creil) pour les donner à sa mère. Charles crie au vol. Bien moins fin politicien que sa belle-mère, pétri d'idéal chevaleresque, il est désemparé devant les coups bas qui pleuvent sur lui. Il se résout donc à demander l'appui de Charles Quint. Après tout, il est son vassal pour la principauté de Dombes. Les tractations commencent avec l'empereur et le roi d'Angleterre, dont un projet de mariage avec la soeur de Charles Quint, Eléonore. François Ier, qui a vent des tractations, cherche à l'humilier et à l'affaiblir encore d'avantage. Charles se décide alors à signer un traité secret avec Charles Quint et Henri VIII d'Angleterre. Le traité prévoit un mariage avec une des soeurs de l'empereur, assorti d'une dot importante, et la création d'un royaume formé du Bourbonnais, de l'Auvergne, du Dauphiné et de la Provence pour lui et sa femme. En contrepartie, Charles s'engage à aider Henri VIII et Charles Quint à attaquer la France, en s'emparant de certaines provinces. Le roi est informé de ce traité. Il investit Moulins où le duc est alité, malade, et lui propose une réconciliation assortie de fausses promesses. Le duc n'est pas dupe et refuse. Il est laissé sous la garde du chambellan du roi. 

Charles, sans doute pour gagner du temps, écrit au roi, à la reine, à Louise et à d'autres, jurant que sa rébellion n'a d'autre origine que la spoliation dont il a été victime et qu'il renouvellera son allégeance au roi si l'injustice est réparée. Mais il n'y a plus aucune confiance entre les deux hommes. Jacques de Chabannes est déjà en route pour l'arraisonner. Charles, qui se trouve dans sa forteresse de Chantelle (les Bourbons possédaient trois places fortes de premier ordre, quasiment inexpugnables, surnommées Bourbon-le-Beau, Chantelle-le-Fort et Murat-le-Riche à côté de Villefranche d'Allier), part à la dérobée une nuit de septembre 1523 avec quelques fidèles. Leurs chevaux sont ferrés à l'envers pour brouiller les pistes. Après des semaines d'errance pour passer les frontières -sa tête est mise à prix-, il arrive à St Claude en terre d'empire. Là il essaie de regrouper les fidèles qui lui restent, et François Ier fait encore une tentative pour le faire revenir, lui promettant le pardon et la restitution de ses possessions et rentes. Charles bien évidemment n'en croit rien. Il abandonne à ce moment  la devise "Espérance " des ducs pour  "Omni spes in ferro est : Tout mon espoir est dans le fer" et "Victoire ou mort".

Château de Chantelle (maquette), en grande partie détruit sur ordre de Richelieu en 1638

 

Les guerres d'Italie

Charles, nommé lieutenant général, guerroie en Italie du nord contre les troupes françaises, et défend victorieusement Milan -le célèbre chevalier Bayard trouvera la mort pendant la retraite de l'armée française. Il entre en Provence mais après quelques succès échoue devant Marseille. Les troupes françaises avancent et reprennent alors Milan. Emporté par l'enthousiasme, François Ier met le siège devant Pavie. Il réussit plusieurs percées, mais au final c'est un désastre pour l'armée française, qui perd 10 000 hommes et de nombreux nobles, comme le Maréchal de La Palice, dont la mort est à l'origine de la fameuse maxime : "Hélas, La Palice est mort.  Il est mort devant Pavie. Hélas s'il n'était pas mort, il ferait encore envie". La graphie du s et du f étant quasiment similaires à l'époque, le "ferait" s'est transformé en "serait", donnant naissance aux "lapalissades" ou "vérités de La Palice". François Ier est fait prisonnier. Il est emmené en Espagne. Or Charles Quint et Henri VIII d'Angleterre sont plutôt enclins à négocier qu'à poursuivre les hostilités contre la France, dont les armées sont toujours redoutables, avec Louise de Savoie comme régente. 

Le traité de Madrid

En 1526, par le traité de Madrid, François Ier, en échange de sa libération, accepte diverses conditions (restitution de la Bourgogne, abandon des revendications en Italie du nord, mariage avec la soeur de Charles Quint qui avait pourtant été promise au Connétable) et surtout promet la restitution à Charles III de tous ses biens sans qu'il doive rendre hommage au roi pour ceux-ci. Charles pourra aussi négocier l'acquisition de la Provence et son procès en héritage sera suspendu jusqu'à son décès. Mais François Ier, qui est décidément bien loin de l'image idyllique que l'histoire en donnera par la suite, rédige secrètement devant notaire un texte dans lequel il dénonce les termes du traité et considère que ses concessions seront nulles et non avenues. Sitôt libéré et rentré en France, il s'appuiera sur ce texte pour revenir sur ses promesses.

Le sac de Rome et la fin du Connétable

Charles, qui a compris que François Ier et Charles Quint s'étaient plus ou moins entendus à ses dépends, ne croit plus qu'en lui-même. De retour en Milanais où les hostilités ont repris, Charles, devant le peu de soutien militaire et financier offerts par l'empereur, rassemble les troupes qui lui restent avant qu'elles se mutinent et fonce vers les états pontificaux pour trouver de l'argent pour payer ses mercenaires. Cette troupe formée de bric et de broc est totalement autonome et ressemble de plus en plus à une bande de pillards. Ils arrivent sous les murs de Rome en mai 1527. L'assaut a lieu rapidement, et le Connétable meurt d'une blessure à l'aine en montant aux remparts. Ses hommes réussissent à prendre la ville et la mettent à sac. Il s'ensuit une semaine d'orgies et de violences. En partant, ses hommes emmènent avec eux le corps de leur chef et l'enterrent au château de Gaëte dans le royaume de Naples. Charles fut évidemment excommunié post mortem pour avoir pris Rome, sanction qui ne sera levée que trois siècles plus tard. François Ier rouvre le procès de Charles, qui est condamné pour trahison. Ses biens sont confisqués (avec un semblant de légalité cette fois-ci) et rejoignent la Couronne. Les façades du splendide Hôtel de Bourbon, entre le Louvre et St Germain l'Auxerrois, construit par le duc Louis II vers 1310, sont badigeonnées de jaune, couleur des traîtres, et les motifs aux armes et écussons des Bourbons sont martelés. C'est la fin du Bourbonnais indépendant en 1531, et le début de la légende de "la trahison du Connétable de Bourbon". Les lecteurs qui auront eu le courage d'arriver jusqu'ici  pourront maintenant se faire leur propre opinion !

L'Hôtel de Bourbon en 1595. A sa place se trouvent aujourd'hui une partie de la Cour Carrée du Louvre et de la colonnade de Perrault avec son esplanade jusqu'à la rue de l'Amiral de Coligny. La Grande Salle (884 m²) fut jusqu'en 1660, date de sa destruction, la plus grande salle de Paris.

 

 

Pour voir l'arbre généalogique des  Bourbons, c'est ici !>>>

 

7) Après le duché : la province de Bourbonnais

 

Le Bourbonnais, réduit à son territoire d'origine de 17 châtellenies (grosso modo le département de l'Allier et l'arrondissement de St Amand Montrond dans le Cher), devient le plus souvent le douaire des reines mères, qui se contentent de percevoir leurs droits sans y habiter. Ainsi, Louise de Savoie devient duchesse de Bourbonnais, puis le duché est brièvement donné en 1544 en apanage par François Ier à son fils Charles II d'Orléans, qui meurt l'année suivante, et le Bourbonnais revient à la couronne. En 1566, Catherine de Médicis, duchesse de Bourbonnais depuis 1562, invite à Moulins le roi Charles IX et la Cour. Elle fait le duc d'Anjou, futur Henri III, duc de Moulins. Puis les douairières se succèdent : Elisabeth d'Autriche (veuve de Charles IX) en 1577, Louise de Lorraine (veuve de Henri III) en 1592, Marie de Médicis (veuve de Henri IV) en 1611, Anne d'Autriche (veuve de Louis XIII) en 1643. Avec la disparition de l'administration ducale, Moulins et le Bourbonnais perdent beaucoup de leur prestige : la Chambre des comptes est supprimée et les archives transportées à Paris, un Gouverneur, nommé par le roi, prend en charge les affaires militaires, et un siège présidial, chargé de rendre la justice royale, est établi à Moulins, en lieu et place du Sénéchal de Bourbonnais qui rendait auparavant la justice ducale. Trois cessions des "grands jours du Parlement de Paris" se tiennent à Moulins en 1535, 1540 et 1550, surtout pour imposer l'ordre royal à quelques nobles locaux récalcitrants. Du point de vue administratif, la généralité de Moulins est créée en 1587 : elle s'étend sur un vaste territoire et comprend sept élections : Moulins, Montluçon et Gannat en Bourbonnais, Evaux et Guéret dans la Marche, Nevers et Château-Chinon en Nivernais.

Les guerres de religion

Au XVIème siècle, Bourbonnais est divisé en trois évêchés :  Bourges, Autun et Clermont. De nombreux protestants s'étaient établis dans la région, notamment à Moulins, St Pourçain ou Hérisson. En 1562, au manoir du seigneur de Foulet à Moulins, les fidèles protestants célèbrent leur culte sous la houlette d'un pasteur de Genève. Les guerres de religion ne tardent pas à s'inviter dans la province : face à la menace d'une armée réformée venant de Lyon, le lieutenant général Jean de Marconnay, seigneur de Montaret, met Moulins en état de défense, et pour éviter que les assiégeants puissent profiter d'une aide intérieure, fait pendre deux huguenots moulinois et en fait bannir beaucoup d'autres. La ville résiste à l'assaut et les attaquants se consolent en pillant les abbayes, couvents ou prieurés alentours. Les Moulinois quant à eux se vengent sur les protestants encore présents en ville. En 1566, lors de la venue de Charles IX et Catherine de Médicis, déjà évoquée plus haut, une tentative de réconciliation entre les chefs des deux camps (le duc de Guise pour les catholiques et l'amiral de Coligny pour les protestants) échoue. Fin 1567, la guerre éclate ouvertement. Une forte armée protestante partie du Lyonnais arrive en Bourbonnais,  le contact avec une armée catholique venue d'Auvergne se fait vers Cognat, et une bataille sanglante s'engage. Les protestants sont vainqueurs mais leur chef est tué. En partant rejoindre leurs alliés à Orléans, ils saccagent la région : outre Cognat, détruite par la bataille, Chantelle, Charroux, Le Montet, Cérilly, Ainay le Château... sont plus ou moins durement touchés. La Saint Barthélemy, en 1572 ne touche pas le Bourbonnais, car le gouverneur de la province, de Lignerolles, ne donne pas suite aux ordres royaux d'élimination massive des protestants. Néanmoins des combats épisodiques se poursuivent. En 1576, la guerre reprend de plus belle : une armée protestante venue du Palatinat allemand arrive par la Bourgogne. En Bourbonnais ils retrouvent leurs alliés le duc d'Alençon et le prince de Condé. Après avoir pris du repos à Vichy, conquis par le prince de Condé -qui a aussi détruit le couvent des Célestins-, ils prennent Billy et pillent les alentours (Cusset, Broût Vernet, Vendat...). Ils peuvent aligner une armée de 30 000 hommes près de Gannat. Le roi est inquiet et préfère lâcher du lest en signant un édit de pacification avantageux pour eux, ce qui conduit à la dispersion de cette force armée. En réaction contre ce qu'ils estiment être une reculade royale, les catholiques créent la sainte Ligue en 1585. Le roi Henri III, qui sera le dernier des Valois, n'a pas d'héritier, et les factions rivales poussent leurs prétendants : Henri de Navarre (futur Henri IV, fils d'Antoine de Bourbon), pour les protestants, et le cardinal de Bourbon (oncle d'Henri IV) pour les catholiques. Henri III, qui avait désigné Henri de Navarre comme son héritier, est assassiné en 1589 par un moine ligueur. En Bourbonnais, dont le gouverneur est resté fidèle au roi, la guerre fait à nouveau rage : les ligueurs prennent St Pourçain, Vichy, Souvigny, St Amand, Cérilly, Ainay le Château, Le Veurdre ; Gannat résiste... Les représailles succèdent aux attaques et ainsi de suite, jusqu'à la publication de l'édit de Nantes, en 1598, par Henri IV, le premier roi Bourbon, qui viendra plusieurs fois à Moulins. Les troubles s'apaisent et les protestants obtiennent la liberté de culte mais seulement dans un faubourg de Chantelle et un autre de Hérisson.

Carte montrant les 17 châtellenies de la province de Bourbonnais au XVIème siècle

 

La journée des Dupes

En 1630, une rivalité exacerbée oppose le cardinal de Richelieu et la reine-mère, Marie de Médicis. Richelieu veut s'appuyer sur les protestants allemands pour contrer l'influence des Habsbourgs catholiques, ce que ne supporte pas la reine mère, catholique fervente et chef de file du parti dévot. Le roi Louis XIII est pris entre deux feux, mais après diverses hésitations finit par choisir le camp du cardinal contre sa mère, qui se retrouve exilée à Compiègne. En 1632, celle-ci se voit intimer l'ordre de rejoindre Moulins (rappelons qu'elle était duchesse douairière du Bourbonnais). Elle s'enfuit vers la Belgique pour soutenir son autre fils, Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, lui aussi en rébellion contre le pouvoir royal. Une troupe de 10 000 hommes levée par Gaston, venu de Lorraine, traverse alors le Bourbonnais pour rejoindre son allié le duc de Montmorency plus au sud. Il arrive par Digoin et Le Donjon. Le gouverneur du Bourbonnais, au service du roi, lève alors des réserves pour lui barrer la route, et se barricade dans Cusset. Les troupes de Gaston prennent Vichy mais échouent à enlever Cusset. Alors que le roi et le cardinal arrivent à Moulins avec 20 000 hommes, Gaston préfère continuer vers le sud. La révolte sera rapidement écrasée, et le duc de Montmorency décapité à Toulouse. Dans cette affaire, la reine-mère perd le Bourbonnais, qui revient provisoirement à la couronne. Des années plus tard la dépouille du duc de Montmorency est rapatriée à Moulins dans le superbe mausolée que sa veuve, prisonnière en cette ville, lui a fait construire. Notons au passage que Gaston d'Orléans, sur les conseils de son médecin, viendra faire de nombreuses cures à Bourbon entre 1640 et 1649, y faisant construire "Le Logis du Roy" et "lança" en quelque sorte la station, qui attira par la suite des personnages célèbres comme Mansart, la marquise de Sévigné, Mme de Montespan etc...

La Fronde et le Grand Condé

En 1648 le pouvoir royal est affaibli : Louis XIV n'a que 10 ans et la régence, qui est entre les mains d'Anne d'Autriche et du cardinal de Mazarin, est aux prises avec une contestation générale. Tout d'abord celle des parlementaires qui protestent contre les pouvoirs accrus des intendants et du Conseil du roi. Plusieurs parlementaires sont arrêtés avant d'être libérés à la suite des journées des Barricades. Le roi et la régence, réfugiés à St Germain en Laye, chargent le prince de Condé d'assiéger Paris, où le Parlement et ses alliés (la municipalité et quelques grands nobles, ainsi qu'une partie de la population parisienne) sont retranchés. Le prince Louis II de Condé, qui passera à la postérité sous le nom de Grand Condé, est un descendant direct du premier duc de Bourbon, Louis Ier. Il est  issu de la branche cadette de Jacques Ier, comte de la Marche. C'est donc un lointain cousin de Louis XIV. La paix finit par être signée avec le Parlement. Mais alors Condé finit par se rendre tellement odieux aux yeux de Mazarin que celui-ci le fait emprisonner (ainsi que d'autres agitateurs, le prince de Conti et le duc de Longueville). Dès lors, désireux à l'instar des autres grands nobles de profiter de la jeunesse de Louis XIV pour tenter de récupérer une autonomie que Richelieu (qui avait fait raser le château de Chantelle) et Mazarin, dans leur vision centralisatrice, s'étaient attachés à leur ôter, Condé devient l'un des chefs de file d'une nouvelle Fronde, celle dite des Princes. Depuis sa place forte de Montrond (à côté de St Amand, dans la partie bourbonnaise du Cher), où son épouse s'était réfugiée, ses partisans se répandent et prennent plusieurs places : Ainay le Château, La Condemine (à côté de Buxières), Montaigut le Blin, et plus tard Hérisson. Ils poussent leurs exactions jusqu'aux portes de Moulins même. Le gouverneur du Bourbonnais, après avoir longtemps hésité sur le parti à prendre, voyant que les troupes royales prennent le dessus, rallie la cause légitimiste et reprend certaines places. 

En 1651, une alliance de circonstance entre le Parlement et les grands nobles aboutit à l'exil de Mazarin et à la libération de Condé, Conti et Longueville. La lutte reprend de plus belle et Condé s'empare de Paris avec l'aide de la Grande Mademoiselle (Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans cité plus haut, et donc descendante de Jacques Ier, comte de la Marche, mais aussi descendante de Louis Ier, comte de Montpensier, encore une cousine!) qui fait tirer sur les troupes royales depuis la Bastille.  Mais finalement le vent tourne, l'opinion se range du côté des légitimistes, et les troupes royales reprennent l'avantage. Montrond tombe en 1652 après dix mois de siège. Ses fortifications sont démantelées. Mazarin et la régente, magnanimes et pragmatiques, ne punissent pas Condé, et en 1661 lui donnent même le privilège de percevoir les droits et revenus du Bourbonnais, privilège transmissible à sa descendance. Le Bourbonnais restera dans la branche des Condé jusqu'à la Révolution. 

La contrebande du sel, Mandrin et les Pions

Au XVIIIème siècle, la contrebande du sel fait rage entre le sud du Bourbonnais et le nord de l'Auvergne, car le quintal de sel valait 60 livres en Bourbonnais (province de grande gabelle, donc durement imposé) et seulement 11 livres en Auvergne (province rédimée, c'est à dire exonérée). Les faux sauniers faisaient sans cesse la navette par la Montagne Bourbonnaise, les gorges de la Sioule ou la Combraille. Le plus célèbre des contrebandiers, Mandrin, viendra en Bourbonnais (qui faisait en quelque sorte partie de son "secteur") où des échauffourées avec les gabelous (douaniers chargés de récolter la gabelle) firent plusieurs victimes. 

Comment enfin ne pas parler des Pions ? Connus comme le loup blanc dans tout le sud-est du Bourbonnais et même au-delà, les Pions formaient une communauté complètement isolée et repliée sur elle-même au fin fond de la Montagne Bourbonnaise (sur la commune de Lavoine, dans la région des Bois Noirs) depuis des siècles, voire plus. On dit qu'ils descendaient directement des anciens Gaulois, qu'ils avaient leurs propres coutumes et ne se mariaient qu'entre eux. A cause de leur caractère farouche et indépendant, le pouvoir féodal puis royal eut toujours du mal à contrôler cette zone, déjà naturellement difficile d'accès, surtout quand il s'agissait de faire payer des impôts ou de réquisitionner des hommes pour la conscription.  En 1756 et 1764, deux épisodes rendent le hameau célèbre : en 1756, donc, un huissier venu de la commune de Ferrières, mandaté par le seigneur de La Guillermie dont relevait le village des Pions, vient faire une saisie pour recouvrer une ancienne dette. Il se fait violemment molester par la débitrice à coups de maillet et est menacé d'être jeté tout vif dans le four. Parvenant à s'échapper, il revient quelques jours plus tard avec plusieurs sergents de la maréchaussée pour appréhender la récalcitrante. Celle-ci ne peut leur échapper mais parvient à prévenir ses parents chez Pion. A l'orée d'un bois, la petite troupe se fait attaquer par une bande armée qui délivre la prisonnière et tue trois sergents, en laissant trois autres en piteux état. Le seigneur de la Guillermie demande alors le renfort d'un régiment basé à Roanne qui cerne le village des Pions à la faveur de la nuit et interpelle les fautifs puis les emmène à Moulins où ils sont jugés et pour la plupart pendus. En 1764, l'histoire se répète : un huissier venu du Mayet de Montagne, prudemment accompagné de deux aides cette fois-ci, vient réclamer une somme due par un habitant au procureur de Moulins. Accueillis vigoureusement par les deux soeurs du débiteur, qui visiblement s'y entendaient à manier le bâton, les trois hommes doivent s'enfuir. L'huissier décèdera des suites de ses blessures deux semaines plus tard. Une des deux femmes est arrêtée quelques jours après, mais l'autre parvient à s'enfuir et à rejoindre sa famille. Lors du transfert de la prisonnière, l'escorte est attaquée par une quarantaine d'hommes armés. La prisonnière est libérée et deux cavaliers de la maréchaussée sont blessés pendant l'assaut. Deux mois plus tard, trois compagnies de grenadiers et trois brigades de maréchaussée (tout de même!) cernent le village des Pions et donnent l'assaut au petit matin. Seule la moitié des suspects est appréhendée, les autres ayant réussi à fuir dans les bois. Ceux qui furent arrêtés sont jugés à Moulins où un certain nombre est condamné à mort, aux galères, ou emprisonné à la Conciergerie. Ces événements ont donné lieu à la composition de plusieurs complaintes, et marque pour beaucoup le début d'une identité propre à la Montagne Bourbonnaise. Par la suite les Pions se feront encore remarquer en refusant la conscription sous la Révolution comme sous l'Empire, et en abritant des maquisards pendant la seconde guerre mondiale. De nos jours, le village existe encore et certains de ses habitants sont les descendants directs des anciens Pions. 

 

Carte_generalite_de_Moulins.jpg (2364837 octets) Carte de la Généralité de Moulins (1700). Cliquer dessus pour l'agrandir

 

8) La Révolution : de la province au(x) département(s)

 

La fin du XVIIIème siècle est marquée bien sûr par la Révolution française. Déjà, la guerre d'indépendance américaine avait échauffé les esprits, et les Lumières se répandaient de part et d'autre de l'Atlantique. En 1778, une loge maçonnique, "l'Espérance" est établie à Moulins. Le régiment de Bourbonnais, créé en 1597, fait partie de ceux qui débarquent en Amérique sous le commandement de Rochambeau en 1780, et s'illustre pendant la bataille de Yorktown. La même année, Necker créé les assemblées provinciales,dont celle de la généralité de Moulins, mais l'expérience fait long feu. Nouvelle tentative en 1788 : une assemblée du Bourbonnais, composée de 32 membres, siège enfin. Louis XVI demande au Pape la création d'un évêché à Moulins (à ce moment-là le Bourbonnais dépendait toujours des diocèses de Bourges, Autun et Clermont). En Bourbonnais comme partout ailleurs, on rédige les cahiers de doléances en vue des Etats Généraux. Les départements sont créés en 1790. L'essentiel de la province devient le département de l'Allier, et Moulins en reste la capitale, car elle est de loin la plus grande ville de la province à ce moment-là. L'Allier est divisé en 7 districts.  Le nord-ouest est (malheureusement si on se place d'un point de vue Bourbonnais) séparé et rattaché au département du Cher. Il forme aujourd'hui une grande partie de l'arrondissement de St Amand Montrond. Des ajustements ont lieu ici ou là avec les anciennes provinces voisines (Marche, Nivernais, Auvergne) pour fixer les limites avec la Creuse, la Nièvre et le Puy-de-Dôme. Montluçon échoue dans sa tentative de créer un département du Haut-Cher, ce qui permet de conserver une certaine unité de l'ancienne province. En Bourbonnais, les modérés étaient majoritaires, et il est vraisemblable que tout le monde se serait contenté d'une monarchie constitutionnelle. Du point de vue religieux, le premier évêque de Moulins nommé par Louis XVI en 1788 refuse de prêter serment à la Constitution civile et émigre. Qu'à cela ne tienne, les habitants, ne voulant pas laisser vacant le siège de leur évêché tout neuf, en élisent donc un autre.

La Terreur

La Terreur atteint le Bourbonnais surtout à partir de 1793, lorsque Fouché est envoyé en mission dans l'Allier. L'administration et la justice sont purgées, les biens ecclésiastiques confisqués et vendus ou détruits, des villes, rues, places sont rebaptisées (Bourbon devient par exemple Burges-les-Bains, et les fragments de la Sainte Croix conservés depuis des siècles dans la Sainte Chapelle de Bourbon disparaissent). Les tensions montent. L'évêque démissionne, ainsi que nombre de prêtres. Beaucoup d'autres sont réfractaires et officient clandestinement ou prennent le chemin de l'exil, quand ils ne sont pas tout bonnement arrêtés (on a dénombré 76 prêtres bourbonnais détenus à l'Ile d'Aix, dont 65 périrent). Un nombre relativement restreint de noble émigrèrent. Quelques centaines de "suspects" (des mauvais citoyens comme on disait) sont arrêtés, et plusieurs dizaines exécutés. Le service obligatoire décrété pour sauver "la Patrie en danger" ne rencontre pas d'enthousiasme, loin s'en faut, avec environ 50 % de réfractaires qui prennent le maquis ou le chemin de l'exil. 

 La fin de la Terreur est bienvenue dans cette terre bourbonnaise qui aspire surtout à la paix et à la tranquillité, ainsi qu'aux bonnes récoltes, et que toute cette effervescence révolutionnaire dépasse. D'un point de vue administratif, en 1795 les districts sont supprimés par le Directoire et à leur place 60 municipalités cantonales sont créées pour l'Allier, chapeautées par une administration départementale. 

 

9) Le XIXème siècle

 

Avec le coup d'Etat du 18 brumaire et la Constitution de l'An VIII, ces municipalités cantonales disparaissent à leur tour. Les communes sont régénérées et l'arrondissement fait son apparition.  Le tour de vis centralisateur du nouveau pouvoir se fait sentir : des préfets et sous-préfets sont nommés en lieu et place des organes départementaux élus. Le premier préfet de l'Allier est nommé en 1800. Les Conseillers Généraux et d'Arrondissement sont également nommés par le pouvoir. Le mode d'élection est très encadré et noyauté par les conservateurs alliés de Napoléon. L'Allier religieux est rattaché à l'évêché de Clermont Ferrand. En 1803, le premier lycée de France ouvre à Moulins. Mais les guerres incessantes de l'empereur freinent le progrès économique, et les réfractaires à la conscription reprennent le chemin du maquis (en l'occurrence la Montagne Bourbonnaise le plus souvent). En conséquence de l'échec des Cent Jours, des troupes d'occupation étrangères s'installent sur la rive droite de l'Allier. Puis la Restauration reprend la direction du pays, avec un régime parlementaire d'inspiration libérale et bourgeoise. Le diocèse de Moulins est recrée en 1821 et le nouvel évêque ordonné en 1823. Economiquement, la province, qui avait toujours tiré ses richesses de l'agriculture et de l'élevage du fait d'une terre généreuse, commence à prendre le virage industriel. L'exploitation de la houille et du fer, dont le département est pourvu, se développe petit à petit, surtout dans la partie occidentale du Bourbonnais. Le XIXème siècle est marqué par un essor démographique sans précédent en Bourbonnais : l'amélioration des conditions de vie, de l'agriculture, l'arrivée du chemin de fer, l'ouverture du canal de Berry, le développement industriel et celui du thermalisme favorisent la croissance de la population. Celle de l'Allier atteint son apogée en 1886 avec 424 582 habitants. Entre 1800 et 1901, la population de St Amand-Montrond augmente de 63 %, celle de Moulins de 65 %, celle de Montluçon de 517 %, et celle de Vichy de 1599 % ! L'industrie du fer et du charbon est très présente dans le bassin montluçonnais. On compta jusqu'à neuf hauts fourneaux à Montluçon et six à Commentry. Les forges de Tronçais comptent plusieurs centaines d'employés. On peut noter aussi la présence d'un kaolin d'excellente qualité à Echassières et à Couleuvre, dont la porcelaine acquiert une grande renommée ; il y a des verreries à Souvigny et à Montluçon, des filatures aussi. Les eaux de Vichy sont exploitées et commercialisées à grande échelle. On exploite également l'antimoine, le manganèse, le marbre, le grès... Côté agricole, la Sologne bourbonnaise, anciennement marécageuse, est drainée au milieu du siècle, et la race bovine charolaise y est introduite. Politiquement, le département s'ouvre aux idées de gauche, y compris dans les campagnes. Commentry -dont la population est passée de 500 habitants à plus de 11 000 en un siècle-, élit en 1882 le premier maire socialiste du monde, Christophe Thivrier.

 

10) A l'heure de Vichy

 

A la fin du XIXème siècle et durant toute la première moitié du XXème, une petite ville bourbonnaise qui n'avait jusque-là pas beaucoup fait parler d'elle accapare le devant de la scène, tout d'abord comme rendez-vous mondain, puis comme capitale éphémère de la France "libre". En effet si le Bourbonnais souffre d'un déficit d'image, tel n'est pas le cas de Vichy, seule de ses villes dont la réputation a largement franchi les frontières. Si la station était déjà connue depuis longtemps et les vertus de ses eaux appréciées, c'est Napoléon III qui transformera en quelques années ce qui n'était, au milieu du XIXème siècle, qu'un gros bourg encore un peu rural, en une station huppée de renommée internationale. La seconde guerre mondiale mettra également la ville sur le devant de la scène politique, pour le meilleur ou pour le pire... Pour ces raisons il semble justifié, au vu de l'intérêt qu'elle suscite, de s'attarder un peu sur cette cité au destin unique. Qu'il soit bien entendu qu'il existe des sites et des ouvrages bien plus complets qui lui sont entièrement dédiés, mais le résumé qui suit permettra au lecteur néophyte d'en connaître les grandes lignes et lui donnera peut-être l'envie d'approfondir ses connaissances. En route donc, pour la  "Reine des villes d'eaux", et aussi, ai-je envie d'ajouter, la "perle du Bourbonnais". 

Aux origines : les Gallo-Romains

Il ne semble pas que le site, au bord de l'Allier, ait été fréquenté à l'époque préhistorique, car peut-être avait-il été jugé trop peu fiable en raison du caractère mouvant du lit de la rivière. En revanche, à l'époque gauloise, la région était occupée par un peuple client des Eduens, les Ambluarètes, dont le territoire s'étendait de Vichy à Roanne. En témoigne leur imposant oppidum retrouvé sur les hauteurs de Cusset, à Viermeux. Tout porte à croire que du temps des Gaulois, une voie de communication reliant les grandes cités arvernes à leurs homologues bituriges passait par Vichy, guidée à l'origine par un gué sur l'Allier à cet endroit. La présence d'un pont -détruit par Vercingétorix mais reconstruit par César- est déjà attestée dans "La Guerre des Gaules". A l'époque gallo-romaine une bourgade, Aquae Calidae (dite aussi Aquis Calidis) se développe dans l'actuel quartier des sources. Le pont, désormais relié au réseau des voies romaines -dont une, reliant Lugdunum (Lyon) à Augustonemetum (Clermont) traverse la ville- , la rivière elle-même, axe naturel de communication nord-sud -Vichy devient un port fluvial-, et la présence de sources thermales,  favorisent l'installation d'une population sédentaire (quelques milliers d'habitants) avec son lot de commerçants et d'artisans. La bourgade est surtout connue pour ses statuettes fabriquées à partir d'argile blanche, et aussi pour ses eaux aux vertus curatrices. Les fouilles attestent d'échanges commerciaux avec de nombreuses régions de Gaule et même au-delà.. On y priait des dieux celtes et romains, mais aussi égyptiens ou orientaux, signe d'un certain brassage de population.

Extrait de la Table de Peutinger montrant Vichy (Aquis Calidis), et à côté Bourbon l'Archambault (Aquis Borbonis), au IIIème siècle apr. J-C.

Le Haut Moyen-âge

De la chute de l'empire romain à l'an mil, on sait peu de choses sur Vichy. Tout au plus peut-on dire que la ville antique, trop vulnérable en ces périodes troublées, est délaissée et qu'un castrum est édifié un peu plus au sud, sur une butte (actuel quartier du vieux Vichy). Cette zone, distante de quelques centaines de mètres seulement de la précédente, était peut-être déjà occupée à l'époque gallo-romaine par une population à vocation rurale, puisqu'on est quasiment certain qu'il existait là un domaine agricole, une "villa", appartenant à un certain Vippius. Le nom du "domaine de Vippius", Vippiacum, est devenu au fil de mutations phonétiques parfois difficiles à comprendre pour un néophyte, Vichy. Le site antique est toutefois réinvesti par des Bénédictins vers la fin du VIIIème siècle, qui y fondent un monastère (un moûtier comme on disait alors). On trouve les traces d'une famille "de Vichy" dès la fin du XIème siècle, maîtres du château de la ville (sur la butte, donc) et de terres alentours. Le premier connu d'entre eux, Théodebert, vécut vers 1050. D'autres sont connus pour leur participation aux croisades : Robert Ier participe à la 5ème croisade en 1219, Dalmas Ier remporte une victoire sur les Sarrasins en 1248 lors de la 7ème croisade avec St Louis, à laquelle participe aussi Renaud, grand maître du Temple (vers 1250).

L'incorporation au Bourbonnais

Les Bourbons avaient bien compris l'intérêt stratégique de la place (c'était le seul pont existant sur l'Allier entre Moulins et les alentours de Clermont-Ferrand), et à chaque fois qu'ils en eurent l'occasion, ils en profitèrent pour étendre leurs droits sur le château et la ville. Ceux-ci passent entre leurs mains par étapes, de 1344 à 1384, sous les ducs Pierre Ier et Louis II de Bourbon, par achat ou échange, au fil des héritages des seigneurs de Vichy. Dès 1374, les Bourbons sont "actionnaires majoritaires" si l'on peut dire. Louis II entreprend des travaux : il fait fortifier la ville, restaurer le château, paver les rues et construire le couvent des Célestins au-dessus de la source du même nom en 1410. Une ville basse se développe hors les murs. Sous les ducs Charles Ier et Jean II, Vichy subit les attaques des "routiers", et se trouve mêlée aux révoltes de la Praguerie et de la Ligue du Bien Public dont on a déjà parlé plus haut. Par deux fois la ville est soumise par les troupes royales.

Carte montrant Vichy dans et hors ses murailles au XVème siècle (coll. privée)

La ville vit ensuite au rythme du reste du Bourbonnais, dont elle forme l'une des 17 châtellenies (celle de Vichy compte 22 paroisses et environ 6 000 habitants). Elle est rattachée au royaume de France en même temps que le reste du duché lors de sa confiscation par François Ier en 1531. En 1566, Charles IX et sa mère Marie de Médicis, arrivant de Moulins, passent la nuit au couvent des Célestins. Puis les guerres de religion portent à la cité des coups fatals : de par sa position stratégique (toujours ce fameux pont sur l'Allier), est est prise et dévastée plusieurs fois par les huguenots et les catholiques, à tel point qu'à la fin des hostilités elle se trouve toute ruinée et pillée, murailles abattues, couvent et monastère en ruines, vidée de sa population qui a fuit vers sa voisine Cusset , mieux défendue, pour se mettre à l'abri des pillards (Louis XI n'avait-il pas déclaré, en parlant des fortifications de Cusset, qu'elles étaient "les plus belles murailles de tout notre royaume"). La paix étant revenue, les conditions s'améliorent quelque peu : les murailles sont remontées en 1600, et flanquées de 5 portes et au moins 4 tours, la vie reprend son court et quelques centaines d'habitants occupent à nouveau la place. Les impôts rentrent à nouveau, notamment la gabelle par le biais du grenier à sel, et les taxes sur le trafic fluvial. 

Le renouveau du thermalisme aux XVIIème et XVIIIème

En 1605, Henri IV crée une Surintendance Générale des Bains et Fontaines Minérales, afin de relancer l'activité thermale qui était tombée en désuétude, notamment à Vichy. Plusieurs ouvrages ou témoignages décrivant les sources et les bains vichyssois, ainsi que des guides de bonnes pratiques, commencent à paraître, du fait de voyageurs en transit ou de médecins. Vers 1630, sous Louis XIII, la première ébauche d'un établissement de bains, la "Maison du Roy", fort modeste au demeurant, est construite près des sources (donc hors les murs). Tout au long du XVIIème siècle, le thermalisme se développe doucement, et on peut déjà voir quelques célébrités à Vichy : le frère du Cardinal de Richelieu, Mme de La Fayette et d'autres, et surtout Mme de Sévigné qui, en cure en 1676 et 1677, rend grâce aux eaux de la ville et raconte avec force détails la vie quotidienne d'une curiste dans les lettres qu'elle écrit à sa fille. La célèbre marquise, atteinte de vilains rhumatismes, notamment des mains, qui menaçaient de lui ôter tout possibilité d'écrire, fut promptement guérie par les eaux de Vichy et s'en trouva bien aise. Quelques logements destinés à héberger les curistes commencent à apparaître, ainsi que les premiers divertissements (promenades aménagées, bourrées bourbonnaises...). Curieusement, le pont sur l'Allier, emporté une fois de plus par une crue, n'est pas reconstruit et le passage d'une rive à l'autre se fait dorénavant par bac. En 1696, l'ancien Hôtel Dieu (hôpital), en assez misérable état, devient, par la grâce de Louis XIV, l'"Hospital des Pauvres" (l'hospice civil) et se voit pourvu de ressources financières lui permettant de fonctionner correctement . Entre temps le couvent des Célestins avait été reconstruit, et un second couvent, celui des Capucins s'était installé en ville. En 1714, l'église St Blaise vient compléter et agrandir l'ancienne chapelle du château de Vichy.  En 1727-29, Louis XV ayant eu vent de plaintes concernant le confort et l'état général de la Maison du Roy, ordonne sa restauration, et un étage est ajouté. L'eau de Vichy commence déjà à être mise en bouteilles et expédiée de par le royaume. En 1753 un nouvel hôpital, plus grand et plus moderne, est construit. En 1777, le couvent des Célestins est supprimé par le pape Pie VI, car les moines n'avaient pas voulu livrer un criminel qui s'était réfugié chez eux en invoquant le droit d'asile. Les sépultures de nombreux nobles enterrés là sont violées et les ossements dispersés sans égards. En 1785, Mesdames, Marie-Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, viennent à Vichy avec leur nombreuse suite. Elles ne tardent pas à se plaindre du manque de confort et de la faiblesse des infrastructures. Leur neveu le comte de Provence (futur Louis XVIII) leur rend visite à cette période. On dit qu'elles partirent sans payer la note, mais qu'elles s'acquittèrent ensuite de leur dette en faisant engager par leur neveu Louis XVI, -aux frais de l'Etat !-, de nombreux travaux : une allée -qui s'appelle toujours l'allée Mesdames- est percée le long du Sichon (le ruisseau qui descend de la montagne bourbonnaise pour se jeter dans l'Allier), pour rejoindre Cusset , et un nouvel établissement de bains est construit, comprenant une galerie couverte ainsi que plusieurs bâtiments, et doté d'un confort "moderne".

La Maison du Roi en 1738 après l'ajout d'un étage (d'après une illustration d'A. Mallat)

La nouvelle Maison du Roy est à peine achevée qu'arrive la Révolution. La commune de Vichy est créée et devient chef-lieu de canton, dépendant du district de Cusset. La Terreur apporte son lot de tracasseries, surtout avec l'arrivée de Fouché dans l'Allier, et la clientèle des aristocrates déserte la cité, remplacée en partie par des petites gens des environs. Le grenier à sel (et les devises qui en découlaient) est supprimé, les églises sont pillées, et Vichy doit supporter le zèle du Comité de Surveillance Révolutionnaire de Cusset. C'est donc avec un certain soulagement qu'on voit arriver la fin de la Terreur dans la cité thermale. En 1799, à la toute fin du Directoire, la mère de Napoléon Bonaparte, Letizia, et son fils Louis viennent prendre les eaux à Vichy. Madame Mère repart enchantée, paraît-il, de son séjour.

La première moitié du XIXème siècle 

Cette période, très troublée sur le plan politique national, ne provoque par de perturbations majeures à Vichy. Si la ville haute, maintenant désignée sous le nom de "Vichy-la-Ville",  enchâssée dans ses anciennes murailles en partie démolies, semble quelque peu à l'abandon, la ville basse, l'ancienne Aquis Calidis, renommée au Moyen-Âge "Moutier", puis "Le-Moutier-les-Bains", et maintenant "Vichy-les Bains", se développe bien, profitant de son établissement thermal agrandi et rénové par Mesdames. En 1812, Napoléon Ier, à la demande de sa mère, signe un décret pour la création du parc des Sources et divers travaux alentours. Après Waterloo, en 1815, un régiment allemand occupe Vichy pendant quelques mois. Entre 1814 et 1830, une nouvelle bienfaitrice pour Vichy vient prendre les eaux : Madame Royale, duchesse d'Angoulême, fille de Louis XVI et belle-fille de Charles X. Au cours de ses six séjours, celle-ci lancera la construction d'un nouvel établissement de bains plus grand, plus luxueux et plus moderne, le précédent étant déjà devenu trop petit et dépassé. Sous Louis-Philippe, la ville, forte de ses nouvelles installations, commence à attirer un nombre conséquent de curistes venus de toute la France et même de l'étranger : aristocrates, bourgeois, militaires, ecclésiastiques, qui s'ajoutent à la clientèle "locale" souvent moins aisée. Le pont sur l'Allier est enfin reconstruit en 1833, soit 150 ans après sa destruction ! Une usine d'embouteillage est construite, ainsi qu'une pastillerie : en effet la fameuse pastille Vichy  fait son apparition en 1833. De nombreuses sources sont forées, les hôtels et meublés pour curistes se multiplient, et le nombre des habitants augmente pour bientôt dépasser le millier ( en 1836). Une vie mondaine et de plaisirs commence à se développer : Isaac Strauss le célèbre chef d'orchestre, s'installe à Vichy en 1844 pour s'occuper des concerts et des bals. Un théâtre ouvre en 1850. En 1854 un établissement de bains de seconde classe voit le jour, et en 1857, un autre de troisième classe. Les célébrités qui viennent à Vichy ne se comptent déjà plus, et si tous ces aristocrates et ministres de l'époque sont maintenant un peu oubliés, on pourra citer tout de même Adolphe Thiers, le prince de Joinville, l'archevêque de Westminster, Delacroix, Chateaubriand, Lamartine, Alexandre Dumas (père), Verlaine etc...  Les stations thermales sont à la mode et Vichy en profite. Cet engouement se retrouve dans les statistiques démographiques : Vichy-la-Ville et Vichy-les-Bains finissent par se rejoindre vers 1850, tout en gardant chacune leur caractère, et l'augmentation de la population s'accélère. On passe ainsi de 1 601 habitants en 1846 (à moitié-moitié pour chaque partie de la ville), à 2 910 en 1856 et 3 740 en 1861 (dont les trois quarts à Vichy-les-Bains). Le nombre des curistes recensés commence son ascension vertigineuse : de 987 en 1831 à 6 823 en 1853. Et ce n'est que le début...

Début de l'âge d'or : le Second Empire

Nous l'avons vu, le processus de démarrage du thermalisme à Vichy était bien enclenché. Mais la venue de Napoléon III en cure va lui donner un coup de fouet spectaculaire. L'empereur, qui connaissait plusieurs soucis de santé, vint cinq fois prendre les eaux entre 1861 et 1866, et la physionomie de la ville s'en trouva complètement bouleversée. En effet il fit engager de nombreux travaux et améliorations pour la station. Après coup, son engouement pour la ville peut paraître cocasse, dans la mesure où il souffrait de calculs biliaires, que les eaux calcaires de Vichy ne firent qu'aggraver !  Lors de sa première cure, en 1861 il utilise l'établissement de bains qui avait été édifié sous la duchesse d'Angoulême. Ses journées se passent entre prises d'eaux, obligations officielles, rencontres mondaines, jeux, lecture, théâtre, concerts, promenades etc... Dès ce premier séjour, un décret est signé prévoyant déjà de nombreux aménagements : percement de routes thermales, création d'un nouveau parc sur les bords de l'Allier et endiguement de celle-ci, rachat du pont (qui était alors à péage), construction d'une nouvelle église (St Louis) et d'une nouvelle mairie. Napoléon III demande également que soit construite une gare, en effet, lors de son arrivée, le train n'allait pas plus loin que St Germain des Fossés ! La gare sera achevée en 1862, et il pourra donc en profiter dès son deuxième séjour. Lors de cette deuxième cure, toujours accompagné par une suite impressionnante et ses ministres, il décrète de nouveaux aménagements, principalement la construction d'un casino et d'un bureau de poste.  Visiblement désireux de revenir plusieurs fois, il se fait construire un chalet dans les nouveaux parcs. Sa troisième cure est le théâtre d'une scène embarrassante : alors qu'il se promène dans les parcs avec l'impératrice, le couple croise Mme Bellanger, maîtresse notoire de l'empereur. Et le chien de celle-ci, reconnaissant le monsieur qu'il voit si souvent avec sa maîtresse, se précipite sur lui pour lui faire la fête. On dit qu'Eugénie, humiliée et ulcérée, ordonna immédiatement qu'on fasse ses bagages. Elle ne remettra jamais les pieds à Vichy. Lors de la quatrième cure, l'empereur séjourne dans un nouveau chalet qu'il a fait construire à côté du précédent : en effet le premier avait les balcons ouverts sur la rue, ce qui n'était pas idéal au niveau de l'intimité.  Inutile de préciser que la présence de l'empereur attirait tous les demi-mondains, artistes divers et aristocrates de tout poil. Là où était l'empereur, il fallait y être ! On voit alors déferler sur la ville quantité de personnes en vue, qui rivalisent par le luxe de leur équipage et la sophistication de leurs toilettes. Les spectacles de qualité se multiplient, la vie mondaine est comparable à celle de Paris, et l'empereur peut continuer à travailler, puisqu'en plus de ses ministres qui le suivent, la ville accueille nombre de personnalités étrangères de premier plan : membres de familles régnantes, ministres étrangers, ambassadeurs, hauts gradés...  inutile d'en faire une liste fastidieuse, on notera juste par exemple la présence du roi des Belges Léopold Ier. En 1865 : pas de cure, officiellement pour ne pas influer sur les élections municipales, ce qui n'empêche pas l'inauguration du casino, qui comprend un théâtre de 820 places, de l'église St Louis et le lancement d'un hippodrome rive gauche. Cinquième cure et dernière venue de l'empereur en 1866 : on peut noter la présence du prince impérial. Le cimetière, qui se trouvait depuis des siècles à côté de l'emplacement de l'ancien monastère des Bénédictins, est transféré un peu à l'écart. Le pont est emporté par une crue (une fois de plus!) et une passerelle provisoire est mise en place. En 1867 un temple protestant, autorisé par un ancien décret de Napoléon III ouvre ses porte, et en 1870 un nouveau pont est construit. 1867 fut aussi l'année où l'usine, qui la première en France avait fabriqué le fameux tissu à carreaux Vichy, à quelques encablures de la ville, et qui datait de 1821, est détruite définitivement par un incendie. On peut se rendre compte des changements intervenus en six ans : outre le fait que la ville est devenue méconnaissable en raison des nombreux aménagements réalisés (toutes proportions gardées, la transformation est l'équivalent de ce qui s'est passé à Paris avec le baron Haussmann), quelques chiffres simples peuvent illustrer l'évolution qui a eu lieu : entre 1861 et 1866, la population est passée de 3 740 habitants à 5 666 ; le nombre de "baigneurs" est lui passé d'environ 16 044 à 21 367. Pour les accueillir, vingt-cinq hôtels ont été construits et le nombre des meublés a presque doublé. On aurait pu penser qu'avec la chute du régime la ville rentrerait dans le rang, mais non, et cela va encore s'accélérer.

Chalet de l'empereur dans les nouveaux parcs (carte postale ancienne (détail))

Le rêve continue : la Belle Epoque

Le retour à la république ne change pas grand chose au succès de la ville, désormais bien engagé. Les améliorations urbaines continuent, les indications médicales des eaux sont maintenant parfaitement connues (un premier décret de protection des eaux visant à réglementer les forages est pris en 1874), les soins se développent et se spécialisent (apparition de la douche à quatre mains en 1895) et les produits dérivés se multiplient et s'exportent en Europe et aux Etats Unis. Les pastilles Vichy notamment connaissent déjà un succès énorme en cette fin de XIXème siècle. En plus de l'hippodrome sur lequel des courses ont lieu depuis 1875, la ville possède maintenant aussi un concours hippique, un tir aux pigeons et des arènes pour les corridas, importées en France par l'impératrice Eugénie, d'origine espagnole. On trouve aussi de nombreux courts de tennis. Un tramway (le 3ème inauguré en France) relie Vichy à Cusset en 1895. De nombreuses salles de théâtre, de music-hall, des cercles de jeux -dont le célébrissime (à l'époque) Cercle International-, et des lieux de soin ou de détente (il y aura même un hammam) ouvrent leurs portes. En 1900, le casino se voit adjoindre un nouveau bâtiment sur sa partie occidentale, qui renferme la superbe salle d'opéra art nouveau de 1483 places (la plus grande de province à l'époque) tout en tons or et ivoire, unique en France. La première représentation en 1901 sera Aïda de Verdi, dans une salle qui ne sera finie de décorer qu'en 1903. Dès lors, cet opéra deviendra un haut lieu du spectacle de scène, attirant les meilleurs artistes, auteurs et compositeurs mondiaux. Une galerie couverte en fer forgé ceinture le parc des Sources et permet aux curistes d'aller du Hall des Sources (construit en 1902) au Grand Casino sans se mouiller. En 1903, devant l'afflux des curistes, un nouvel établissement de bains de 10 000 m² ouvre ses portes : le Grand Etablissement thermal, dans un style roman-byzantin, doté d'une belle coupole néo-mauresque de carreaux émaillés. En 1904 s'ouvre le premier palace vichyssois : l'Hôtel International. De belles villas de styles divers commencent à se construire dans le quartier thermal, ainsi que des hôtels de plus en plus grands et luxueux. Les jeux d'argent sont autorisés en 1907 dans certaines villes, dont Vichy, et le succès est immédiat. Un golf est crée sur la rive gauche de l'Allier en 1908 (il est l'un des plus anciens de France encore en activité), et l'année suivante un terrain d'aviation voit le jour au sud de la ville, plusieurs pionniers de ce nouveau moyen de transports seront présents pour un grand meeting, et un aéro club est crée. Sur la terre ferme, l'automobile club de Vichy est fondé en 1913 et nombre de courses et rallyes sont organisés, dont le Grand Prix de Vichy. Là aussi, il serait vain d'essayer de recenser toutes les personnalités présentes. J'en citerai quand même quelques unes pour le plaisir : les frères Goncourt, le roi de Suède, des grands ducs et grandes duchesses de Russie, le duc d'Aumale et le prince de Joinville (fils de Louis-Philippe), Sadi Carnot, Jules Ferry, l'ex-empereur du Brésil, Louis Pasteur, Félix Faure, Sarah Bernhardt, Coco Chanel (en tant que donneuse d'eau seulement!), le shah de Perse, les compositeurs Gustave Charpentier et Camille Saint Saëns, Jules Massenet, Gaston Doumergue, André Gide, le Maréchal Lyautey, le sultan du Maroc, Buffalo Bill, etc, etc... Quelques chiffres enfin pour finir : de 6 028 habitants en 1872, la ville passe à 16 502 en 1911 (elle dépasse Cusset dès 1876) , et côté curistes, les chiffres s'affolent : de 25 433 en 1873, on dépasse les 100 000 (108 963 exactement) en 1913 !

Le Grand Casino, monument emblématique de la ville (carte postale ancienne (détail))

 

La première guerre mondiale : l'éclipse

Pendant la première guerre, Vichy est transformée en un vaste hôpital. De nombreux hôtels sont réquisitionnés pour accueillir les blessés qui reviennent du front. Le nombre de curistes s'effondre logiquement, passant de plus de 100 000 en 1913 à environ 30 000 au coeur du conflit. L'activité ralentit mais ne s'arrête pas totalement : on notera la présence de Clemenceau en 1916 et 1917, de Camille Saint-Saens, des souverains du Monténégro etc... . La saison culturelle, qui avait été interrompue début août 1914, reprend dès le printemps 1915 malgré les circonstances, et les saisons 1915-16-17 se déroulent presque normalement, avec une riche programmation, notamment au Grand Casino et au Casino des Fleurs.

Les années folles : l'apothéose

Après le traumatisme de la guerre et les horreurs des tranchées relatées par les poilus, l'heure est à la fête pour célébrer la victoire et oublier cet épisode sanglant. Vichy profite à fond de cette période d'insouciance. Comme partout en France, de nombreux changements de noms de rues ou de places sont votés par le conseil municipal pour rendre hommage aux grands hommes de la guerre, aux grandes batailles ou aux pays alliés (rue Jean-Jaurès, rue du maréchal Joffre, rue du maréchal Foch, rue du Président Wilson, rue Georges Clemenceau, boulevard de Russie, rue de Belgique, boulevard des États-Unis, rue de Serbie, rue de Verdun , rue du 11 novembre etc...). La ville continue de se couvrir de villas plus originales les unes que les autres, souvent dans le but d'attirer les curistes pour les locations ; on trouve désormais un foisonnement de styles : néo-antique, néo-médiéval (notamment néo-gothique), néo-renaissance, néo-classique, art-nouveau, art-déco, orientalisant (surtout néo-mauresque), régionaliste (basque, normand, alpin), flamand, vénitien...

*****La suite est en cours de réécriture, merci de votre compréhension.*****

Puis vint la deuxième guerre mondiale. Après la débâcle, la France est coupée en deux. La frontière entre zone libre et zone occupée passe dans le département de l'Allier, entre Vichy et Moulins. Le gouvernement décide de s'établir à Vichy, que beaucoup d'hommes politiques connaissaient déjà, car la ville a suffisamment d'hôtels pour accueillir du jour au lendemain des milliers de fonctionnaires, et elle possède le standard téléphonique le plus moderne d'Europe, ainsi qu'une liaison de chemin de fer directe avec Paris. La ville devient capitale de l'Etat français en 1940, et les parlementaires votent les pleins pouvoirs  au maréchal Pétain dans l'enceinte du Casino de la ville (tous sauf 80). Elle le restera jusqu'à la libération en 1944. Depuis, le nom de Vichy est souvent associé à celui d'une heure sombre de l'histoire, ce qui est injuste : il y a eu, à Vichy comme ailleurs, des résistants. Les habitants n'étaient pas plus "collabos" qu'ailleurs en France, et ont réussi à cacher des juifs au nez et à la barbe des autorités allemandes et françaises -le grand rabbin de France l'a d'ailleurs rappelé lors de sa visite à Vichy en 2010. 

Tracé de la ligne de démarcation dans l'Allier (22 juin 1940 - 1er mars 1943)

 

Mais contrairement aux idées reçues, ce n'est pas la guerre qui a précipité le déclin de la ville, car très rapidement les affaires ont repris et les curistes fortunés sont revenus. C'est la décolonisation, dans les années soixante, qui lui a porté un coup fatal, lui enlevant la majeure partie de sa clientèle. Depuis, la ville est rentrée dans le rang, mais conserve une place de tout premier plan dans l' Allier, disputant souvent la suprématie à Moulins, la préfecture, et dans les départements limitrophes (en particulier dans les domaines du tourisme et des manifestations sportives et culturelles).

 

 

11) Période contemporaine

 

Depuis le département est entré quelque peu dans l'anonymat. Quelques manifestations internationales, sportives ou culturelles, se déroulent toutefois régulièrement (le plus souvent à Vichy, d'ailleurs). Lors de la création des régions, en 1972, le département de l'Allier est regroupé avec le Puy-de-Dôme, le Cantal et la Haute-Loire, dans la région Auvergne. On peut le regretter si l'on considère que le Bourbonnais a plus de points communs avec les départements plus au nord (Nièvre, Cher...) qui appartiennent à son espace culturel, plutôt qu'avec ceux du sud, qui appartiennent à la zone des langues d'oc. Depuis ce jour, les habitants de l'Allier sont souvent appelés à tort "Auvergnats", ce qui fait courir à leur identité un risque rapide d'assimilation. En effet le terme "Bourbonnais", même s'il sert toujours à désigner les habitants du département de l'Allier, n'a pas de reconnaissance officielle d'un point de vue administratif. Il serait bon de changer le nom de la région administrative "Auvergne" qui ne correspond pas à l'Auvergne historique. Heureusement les gens n'oublient pas: en 1969, d'après une enquête du comité régional d'expansion économique, à la question "pensez-vous que votre commune est en Auvergne ?", 83 % des habitants de l'Allier avaient répondu non, et en 2001, d'après une consultation du Conseil Général de l'Allier, à la question "si vous deviez vous définir, diriez-vous que vous êtes un Auvergnat, un Bourbonnais ou un habitant de l'Allier ?" 50 % ont répondu Bourbonnais, 35 % habitant de l'Allier et 11 % Auvergnat (2 % sans opinion). L'enquête de 2001 a également mis en évidence les problèmes du département : manque de moyens de communication, diminution et vieillissement de la population, faible dynamisme économique, touristique et culturel, isolement. Les projets routiers et ferroviaires (RN7, RCEA, TGV, desserte autoroutière de Vichy) depuis longtemps reportés sont cruciaux pour l'avenir. Mais quand même 81 % des habitants sont satisfaits ou très satisfaits de vivre dans l'Allier. Car en termes de qualité de vie et d'environnement, il faut avouer que les Bourbonnais ne sont pas à plaindre ! Il ne reste plus qu'à le faire savoir... 

La réforme territoriale décidée en 2014 (regroupement des régions) a acté la fusion des régions Auvergne et Rhône-Alpes. Au sein de cette nouvelle grande région, l'Allier se trouve géographiquement isolée, et son poids tant démographique qu'économique devient quasi négligeable (poids de l'Allier dans l'ancienne région Auvergne : 25,4% de la population, 28,2% de la superficie, 24,0% du PIB ; poids dans la nouvelle grande région : 4,5% de la population, 10,5% de la superficie, 3,8% du PIB). Le centre d'attraction extérieur au département, qui auparavant se trouvait principalement au sud (Clermont-Ferrand) va se déplacer vers l'est (Lyon) avec une force qui pourrait être bien supérieure si l'on tient compte du poids relatif de ces deux villes et d'une perte d'influence probable de Clermont-Ferrand. L'avenir de l'Allier dépendra beaucoup de la qualité des infrastructures de transport vers la métropole lyonnaise et la vallée du Rhône. Vichy notamment pourrait profiter de ces nouveaux liens avec Lyon en raison de sa -relative- proximité géographique. Culturellement, les Bourbonnais peuvent profiter de la fin de l'amalgame qui existait entre la région administrative Auvergne et la culture auvergnate pour réaffirmer leur particularisme. Ceci sera d'autant plus facile si le nouveau nom de la région ne comporte plus de référence à l'Auvergne, mais adopte un nom neutre qui respecte toutes les identités.

 

Carte montrant la répartition approximative des populations de la région Auvergne de nos jours.
Limites du Bourbonnais dans l'actuel département du Cher
Nouvelle région résultant de la fusion des régions Rhône-Alpes et Auvergne

 

 

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